La citation du mois

"Il faut accepter de ne pas savoir. Demain n'existe pas. Pense à maintenant!"

Frédéric Bihel

10 avr. 2013

"Concerto pour deux marmottes et plein d'enfants..." - Edouard Manceau, 2013

J'ai beau aimer beaucoup de le travail d'Edouard Manceau, j'avoue que je ne comprends pas ce qu'il lui a pris...

Le livre est construit en deux parties: une première avec des photos d'animaux empaillés accompagnées d'onomatopées sensées faire réagir les bébés, mais qui n'ont tellement rien à voir avec les images qu'on se demande pourquoi elles sont là; et aussi une phrase de texte absolument sans intérêt.

Et la deuxième partie du livre est...incompréhensible. En tout cas, incompréhensible pour moi, adulte; j'ai peut-être simplement 30 ans de trop, je ne sais pas... 

Et pour couronner le tout, la 4ème de couverture est extrêmement pompeuse et prétentieuse par rapport au contenu médiocre de cet album.
Je ne comprend même pas comment la ville de Grenoble a pu dépenser de l'argent pour offrir cet album (pardon, cette "oeuvre d'art", cf. la 4ème de couv.!) à tous les bébés.

Edouard Manceau, si vous me lisez, pardon, mais il va falloir faire mieux la prochaine fois!



Concerto pour deux marmottes et plein d'enfants..., de Edouard Manceau
Frimousse, 2013

4 nov. 2012

"BZRK" - Michael Grant, 2012

  Voici le premier Tome d'une trilogie de Michael Grant, auteur de la série à succès "Gone"... Attention, avec BZRK, on plonge dans la viande. Il n'y a qu'une seule issue possible: la mort ou la folie...

   Comme il est très difficile de vous résumer (simplement), ce qui se passe dans ces 400 pages, et que je ne maîtrise absolument pas l'univers SF et technologique, je vais pour une fois m'appuyer sur la présentation faite par l'éditeur et par l'auteur lui-même pour vous donner une idée de ce dont il s'agit.

Présentation:

   Dans un futur proche, une guerre fait rage entre deux factions. L'une désireuse de contrôler le monde, l'autre luttant pour préserver la liberté des hommes.

   La première, l'Armstrong Fancy Gifts Corporation, qui aurait pour but, par l'entremise des nanotechnologies, de réduire l'humanité à un déterminisme proche de celui de l'abeille ouvrière, ce qui, selon elle, ouvrirait la voie à la paix et à la fraternité universelles. L'AFGC s'apprête à créer des peuples uniformisés, lobotomisés, dénués de volonté et de libre-arbitre. un troupeau de moutons. Cette guerre a lieu dans le macro, mais aussi dans le nano... dans la viande... dans le tissu mou de l'encéphale, là où nanobots et biobots s'affrontent pour mailler le cerveau des gens.

   La seconde, BZRK, combat à l'inverse pour le maintien de la liberté individuelle. La bataille fait rage dans le macro et le nano, là où grouillent les acariens, où prospèrent les bactéries et où crépitent les étincelles de la conscience humaine en bondissant d'une synapse à une autre. 
   Les "soldats" de BZRK empruntent leurs noms à des fous, parce que la folie est leur destinée. Ils voyagent dans l'infiniment petit, au plus profond de la chair. Là. Dans la viande. Un à un, ils prennent part au combat. Dans le macro, dans le nano, ou dans les deux à la fois. Ils se battent pour la vie, pour la liberté, pour le droit inaliénable à sombrer dans la folie.


   Les nanobots sont de bêtes robots minuscules, créés pour le combat, rapides et terriblement efficaces.
   Les biobots, eux, sont créés à partir d'ADN humain, et sont ainsi dirigés mentalement, directement par l'être dont ils sont issus. Lorsque le biobot est blessé dans le nano, c'est l'humain dans le macro qui ressent la douleur. Les biobots sont plus lents, mais bien plus subtils que les nanobots. Ils sont capables de mailler un cerveau: créer de nouveaux liens entre les synapses, et ainsi associer entre eux des souvenirs, des sensations, des émotions.

   Une fois que l'on a compris cela,  on a compris que tout est possible. Quand quelqu'un s'introduit dans votre cerveau et entreprend de le mailler, il peut réécrire votre histoire, redéfinir de façon définitive la personne que vous étiez.

   Les soldats de l'AFGC et de BZRK sont des adolescents à peine pubères, évidemment gamers et petits génies de l'informatique, pour qui la manipulation robots à l'échelle nano n'est qu'un jeu vidéo de plus. Leurs actions dans le nano ont un véritable  impact dans le macro, mais tellement distancié qu'ils se rendent à peine compte qu'ils font la guerre...

   Ce livre nous amène à une profonde réflexion sur l'identité, le bien, le mal, sans pour autant être dichotomique. Peut-on interdire à quelqu'un de se mettre en colère? de faire ses propres choix? Peut-on forcer quelqu'un à tomber amoureux? 
   Est-ce vraiment faire le bien que d'être prêt à tuer ceux qui veulent éradiquer le mal sur Terre en uniformisant les cerveaux? Est-ce vraiment faire le mal que de souhaiter la paix sur Terre, quitte à supprimer le libre-arbitre pour y parvenir?
   N'est-ce pas tout simplement une nouvelle forme d'esclavage moderne? avec des marionnettes et des marionnettistes...

   On peut aussi se demander jusqu'où l'on est prêts à aller sous couvert de progrès scientifique. Sachant que les biobots se nourrissent de carbone, et que le carbone est présent partout... Sachant qu'un robot, par essence, peut imiter tout de l'humain, sauf son pouvoir de création...
   Que se passerait-il si un jour ces robots, issus d'ADN humain, étaient désormais capables de se reproduire, et échappaient au contrôle de l'homme? Leur croissance serait exponentielle, et en une semaine, ils auraient éradiqué toute forme de vie sur Terre, faisant de la Planète un désert.

   Peut-on vraiment tout contrôler? L'homme n'est-il pas trop prétentieux face à la force de la Nature?

   Beaucoup, beaucoup de questions soulevées, et même après avoir refermé le livre, ça continue de tourner, là-dedans, de titiller, d'exciter la curiosité... Ca va être dur de patienter jusqu'à l'automne 2013 pour pouvoir se plonger dans le Tome 2!

   En attendant, pour vous donner un peu plus envie (j'espère!), vous pouvez déjà visionner ce book-trailer:  Bande-annonce du livre BZRK

   Et pour vous renseigner sur les nanotechnologies:
- Documentaire "Nanotechnologies - partie 1" diffusé sur Arte.
- Documentaire "Nanotechnologies - partie 2" diffus" sur Arte.


   Ce n'est pas une simple histoire; c'est l'Histoire. 
   Ce n'est pas de la science-fiction. C'est en route. C'est maintenant.



BZRK, de Michael Grant
Gallimard, 2012

18 févr. 2012

"C'est l'histoire d'une histoire" - Edouard Manceau, 2011

"C'est l'histoire d'une histoire qui recommence tous les jours. Chaque matin c’est la même chose..." Le gardien de l’histoire commence sa journée en allant réveiller le grand méchant loup, qui lui va traquer un petit cochon, un lièvre, un écureuil, et un ours…
Mais aujourd’hui, il pleut, et le gardien est resté chez lui. Le loup n’a pas été réveillé. L’histoire commencera vraiment demain… s’il fait beau !

Construite à la façon d'une randonnée, cette histoire dépoussière les contes, et tient son originalité du fait qu'elle raconte l'histoire qui se déroulerait si elle avait vraiment commencé... On nous raconte l'histoire d'une absence d'histoire! Car il n'y a que deux scenarii possibles: soit il fait beau, le loup sort, et l'histoire se déroule normalement; soit il pleut, le gardien ne sort pas, et il n'y a pas d'histoire. J

Le tout est servi par de superbes illustrations qui viennent exciter notre imagination. Car ici, le travail sur l'image est remarquable. Les personnages ne sont jamais dessinés; ils n'existent que par le texte. Les illustrations sont des décors qui représentent le cadre dans lequel évolueraient les personnages si l'histoire se déroulait vraiment... Mais le texte leur donne tellement de consistance, que notre cerveau est victime de persistance rétinienne, et se souvient pourtant les avoir vus. Etonnant!

Ce livre, c'est le genre de livre qu'il faut absolument avoir chez soi, et à glisser entre les mains de tous, jeunes et vieux. Car il fait appel aux schémas habituels, tout en sortant du cadre attendu; il aborde la notion d'infini chère à Manceau, l'éternel recommencement (mais pas exactement), le libre arbitre... Chez moi, il fait appel à cette éternelle question: "Et si ma vie n'était pas ma vie, mais seulement le rêve de ma vie?", ou encore au ruban de Möbius qui, même adulte, continue de me fasciner.

Enfin voilà, ce livre c'est une expérience, et je vais arrêter de vous en parler, sinon je vais y passer la journée!

3 juin 2011

"Pour te venger, Joy" - Geneviève Senger, 2011

C'est d'abord la couverture qui m'a happée. Je l'ai trouvé à la fois très belle, et d'une infinie tristesse. Comme si l'eau de l'aquarelle allait soudain se mettre à rouler en larmes sur le visage de la jeune fille.

J'ai voulu savoir ce qui rendait cette belle jeune fille si triste, et pourquoi diable elle avait besoin d'être vengée. Là commence ma lecture...

Joy, 16 ans, la meilleure amie de Lucas, ne peut s'être suicidée. Pourtant, tout est là: la lettre, le chagrin d'amour, le test de grossesse... La mère de Joy, après avoir été dans le déni, a fini par admettre que sa fille avait choisi de basculer dans le vide pour mettre fin à son chagrin.

Mais lorsque Lucas vient passer des vacances chez eux, à Strasbourg, il va mettre à profit ce temps pour essayer de comprendre, de trouver des éléments nouveaux dans la chambre intacte de son amie qui pourraient expliquer son geste désespéré.

Joy n'était pas dépressive, et ne lui avait jamais fait part d'inquiétudes, ou de graves problèmes. A remonter le fil de l'histoire, il finit par retrouver celui qu'elle désignait comme le père de l'enfant qu'elle portait, ainsi qu'une de ses amies; petit à petit, les éléments s'assemblent. Un scénario commence à se dessiner, effroyable. Mais Lucas, aveuglé par son désir de vengeance, ne va-t-il pas trop loin en conjectures? Il se doit de faire la part des choses entre ce que lui dicte son intuition, et ce que sont réellements les faits. Malgré tous ses efforts de rationalisation, le doute s'insinue, vicieux, collant, épuisant...

L'histoire de Joy et Lucas m'a profondément bouleversée. Parce qu'à un moment j'ai eu leur âge, parce que j'ai vécu des chagrins d'amour, et parce qu'un jour un ami a eu un geste désespéré, j'ai pu profondément m'identifier à eux.

On peut ne pas accepter, mais il est très douloureux de ne pas comprendre. Douloureux aussi de s'apercevoir qu'on ne connaît pas nos proches aussi bien qu'on le croyait. J'ai souvent l'impression qu'on a tendance à ne pas voir plus loin que le bout de son nez; ce livre m'a rappelé d'une façon tout à fait vertigineuse que chaque être humain est un univers qui, en diverses occasions, rentre en interaction pour une durée donnée avec d'autres univers, puis recommence ailleurs, indéfiniment...

On a beau être très proches de certaines personnes, on ignore tout de l'océan d'émotions qui les gouverne, de ce qui les meut dans le monde, de leurs blessures... En prendre conscience ne changera pas forcément la face du monde, mais c'est déjà un début, pour se rappeler d'être à l'écoute de se qui se passe autour de nous.

Un gros coup de coeur, donc, pour ce livre beaucoup plus profond qu'il n'y paraît au premier abord. A lire les yeux fermés, si je puis dire :-)


Pour te venger, Joy de Geneviève Senger

Oskar Editions, 2011

6 févr. 2011

"Croque! La nourrissante histoire de la vie" - Aleksandra Mizielinska, 2010

Je n'ai encore jamais été déçue par un livre des éditions Rue du Monde, et celui-ci ne fait pas exception!

Croque! explique de façon très simple aux enfants le principe de la chaîne alimentaire, ou comment pour vivre, chaque être vivant se nourrit de l'être vivant qui le précède. Avec une note d'humour, on comprend très bien que le petit chat mort (parce qu'il était très très vieux) servira de nourriture aux vers, qui eux serviront de nourriture aux oiseaux, etc.

L'enfant aborde ainsi la notion d'équilibre et d'écosystème, et comprendra sûrement l'importance d'en prendre soin...

Tout cela illustré évidemment de magnifiques dessins en noir et blanc tels des gravures (voir l'image de couverture). En plus d'être intéressant, c'est un bel objet qui fera un beau cadeau.

A ne pas manquer!



Croque! La nourrissante histoire de la vie, de Aleksandra Mizielinska
Rue du Monde, 2010

5 févr. 2011

"Auprès de moi toujours" - Kazuo Ishiguro, 2009

Et dire que d'après la jolie couverture, je m'attendais à un roman classique, insouciant comme l'enfance, presque candide... J'étais bien loin du compte, car ce livre de Kazuo Ishiguro est un véritable ovni. Le plus dur va être de vous en parler, de vous donner l'envie, sans rien vous révéler...

Kath, la narratrice, nous raconte avec beaucoup de recul et de sagesse ses souvenirs d'enfance auprès de ses amis Ruth et Tommy, et comment ce qu'ils vécurent étant enfants a pu faire d'eux ce qu'ils sont devenus. Ils ont été élevés ensemble depuis leur plus jeune âge à Hailsham, une sorte de pensionnat à la fois strict et où il fait bon vivre.

L'atmosphère générale du livre au début est assez plaisante, mais très vite, on sent que quelque chose cloche. Si l'on gratte un peu le vernis, que va-t-on découvrir en dessous? Ce n'est pas vous en dire trop que de vous dire que jamais, on n'évoque des parents, de la famille, des frères et soeurs. Jamais les enfants ne quittent l'internat pendant les vacances. On ne parle pas de professeurs, mais de gardiens. On leur répète sans cesse qu'ils sont spéciaux, différents des autres; ils seraient une sorte d'élite. On sent qu'un lourd secret plane sur ces enfants. Jamais on n'évoque l'extérieur, comme s'ils étaient seuls au monde. Si bien que très vite, cela tourne au huis clos oppressant...

L'auteur, à travers Kath, sait nous tenir en haleine de façon extrêmement subtile. On ne tourne pas les pages frénétiquement... mais on les tourne, dès qu'on peut. C'est le genre de livre qui n'empêche pas de s'endormir le soir, mais qu'on garde pourtant tout le temps auprès de soi, au cas où on aurait 3 minutes pour lire un peu :-)

Je suis sortie de cette lecture toute chamboulée par une belle histoire d'amour, et aussi par cet aperçu de ce que notre société pourrait devenir sous peu si l'on commençait à mettre de côté notre éthique (c'est sûrement déjà le cas; on ne sait pas tout ce qui se trame dans sur notre dos!).

Voilà en tout cas un roman d'anticipation qui donne vraiment à réfléchir: Que sommes-nous? Que voulons-nous faire du temps qui nous est donné à vivre sur terre? Que voulons-nous être pour les autres? Dans quel monde voulons-nous vivre, et que pouvons nous faire pour y arriver? Comment résister à la perte de l'innocence et à la confrontation à la vie d'adulte? Et comment faire vivre la mémoire individuelle et collective?

J'ai encore l'impression étrange de flotter entre deux eaux, entre rêverie et nostalgie. Ce livre est assurément un petit bijou que je vous recommande vivement. Et j'aimerais beaucoup avoir votre avis dessus...

Sortie en salle le 2 mars 2011 de l'adaptation cinématographique de ce roman: "Never let me go"

Auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro
Gallimard, Folio 4659, 2009

24 mars 2010

"La Douane volante" - François Place, 2010

Nous sommes en Bretagne, en 1914.

Suite à une partie de pêche qui a mal tourné, le jeune Gwen est recueilli par le vieux Braz, rebouteux du village. Il lui doit la vie et rentre donc à son service. Lorsque le vieux Braz meurt, Gwen hérite de tous ses biens. Mais les villageois, mauvais, jaloux, s'en prennent à lui et à sa maison, persuadés que le sorcier cachait un trésor. Ils s'en prennent violemment à Gwen, et le soir même, l'Ankou vient pour l'emporter dans sa sombre charrette vers le pays dont on ne revient jamais...

Il se réveille sur une plage, et est immédiatement recueilli par Jorn, le garde-côte, et sa douce épouse Silde. Son histoire d'Ankou et de charrette, personne n'y croit. Même, il ne faut surtout pas les mentionner sous peine d'être mis aux fers par la douane volante. Non, ceux qui s'échouent sur la plages, ce sont des Égarés...

Quel est donc ce lieu étrange, et ces gens qui parlent une langue inconnue? Quand sommes-nous? (Qui suis-je? Où vais-je? Dans quel état j'erre?) Si tout fait penser à la Hollande (la mer, les marais, la langue), plutôt qu'au XXe siècle on se croirait au Moyen Age, tellement certaines coutumes sont barbares. Gwen ne saurait dire s'il est mort ou vivant; il est perdu, prisonnier de ces gens et de cet endroit dont on ne s'échappe pas.

Jorn a des projets pour lui, et décide d'exploiter le don du rebouteux à son profit. Commence alors pour Gwen une série d'aventures sur fond de médecine à collerette, et toujours ce même désir: partir. Se sauver et rejoindre sa Bretagne natale, quel qu'en soit le prix.

François Place nous livre donc un récit initiatique fantastique, classique sur la forme, mais original sur le fond (la médecine et la Hollande: peu courant dans les romans jeunesse), et bercé par les légendes bretonnes (l'Ankou et les Krakens, notamment). François Place, à l'origine, est illustrateur, et cela se ressent dans son écriture. Il peint les situations et les décors avec ses mots, et possède un talent certain pour décrire les atmosphères; il sait donner vie à son texte, de façon étonnamment réelle. L'écriture est douce et belle, fluide, visuelle; on se laisser charmer et surprendre dès les premières pages.

Le début du roman est empreint de mystère et d'inquiétude, mais ceci est vite mis de côté pour se concentrer sur la capacité d'adaptation de Gwen à cet environnement qu'il ne comprend pas. Soit. Mais j'avoue être restée sur ma faim en arrivant au bout de l'aventure. Les questions du début n'appellent pas forcément de réponse, c'est vrai. C'est un roman fantastique, tout ne s'explique pas nécessairement. Mais quand même... les dernières pages ne m'ont pas donné matière pour rêver une explication, si farfelue soit elle. Je me suis laissée porter gentiment par cette lecture, mais je me suis essoufflée. Déçue, donc, par cette fin un peu en queue de Kraken :-)

Ceci dit, je suis peut-être passée à côté pour un tas d'autres raisons. D'ailleurs, les avis sur cette lecture sont mitigés. Me donnerez-vous le vôtre?



La Douane volante, de François Place
Gallimard jeunesse, 2010

"Comme une tombe" - Peter James, 2006


Un bon petit polar, de temps en temps, ça fait du bien...

 Celui-là a été lauréat du Prix Cœur Noir du Festival Polar dans la Ville 2007 de Saint-Quentin en Yvelines, et c'est mérité.

Voici l'histoire de quatre amis partis pour fêter l'enterrement de vie de garçon de l'un d'eux, Michael Harrison. Le mariage a lieu dans quatre jours, et une dernière tournée des bars s'impose.

 Pour se venger des mauvais tours que Michael avait l'habitude de leur faire, ils ont élaboré une mauvaise blague: enterrer Michael vivant dans un cercueil, avec pour seuls compagnons un magazine porno, une lampe torche, une bouteille de whisky et un talkie-walkie. Un tube en plastique lui permet de respirer à la surface. Michael, ivre mort, ne se rend pas bien compte de ce qui lui arrive, proteste peu. Le cercueil est soigneusement recouvert de terre, et les trois amis s'en vont finir leur tournée des boîtes de strip-tease. Ils reviendront dans deux heures pour délivrer Michael.

 Oui mais voilà. Trop d'alcool dans le sang, l'inévitable accident. Et là, c'est le drame... Les trois amis sont tués sur le coup, et ils étaient les seuls à savoir où était enterré Michael. Ne le voyant pas rentrer, sa fiancée alerte la police qui commence son enquête. Le compte à rebours est lancé...

 Le témoin était-il au courant de ce qui était prévu ce soir-là? Pourquoi n'était-il pas avec les autres? Et pourquoi la fiancée de Michael a-t-elle tant attendu avec d'alerter les autorités?

 Beaucoup de questions qui trouveront des réponses au fil des pages. Le suspense et l'angoisse sont omniprésents dans ce roman délicieusement machiavélique. L'écriture - et la lecture - sont très fluides, et les pages défilent à une vitesse folle. Impossible de se détacher de ce livre qui vous tient en haleine tout du long, allant de rebondissement en rebondissement, toujours plus surprenants les uns que les autres. Parfois même l'envie de refermer le livre pour laisser un peu de répit à l'enterré vivant, qu'il reprenne son souffle et nous avec! Et aussi ce terrible sentiment d'impuissance de savoir la vérité alors que lui ignore tout de ce qui se trame à l'extérieur. Pauvre petit moucheron englué dans une toile parfaite...

 On s'imagine aisément la boue collant aux bottes, et creusant la terre à mains nues pour abréger son calvaire. Mais voilà, nous ne sommes que le pauvre lecteur haletant, impuissant, suspendu au bon vouloir de l'auteur. Et c'est horriblement bon !

 C'est un livre à ne pas manquer. Et si vous êtes en recherche de sensations fortes, croyez-moi, vous ne serez pas déçu! 


Comme une tombe, de Peter James
Éditions du Panama, 2006

18 janv. 2010

"La Horde du Contrevent" - Alain Damasio, 2004

Imaginez une bande de terre, large de 2000 km, bordée au Nord et au Sud par les glaces, montagnes infranchissables. Et un vent qui souffle en continu, de l'Amont vers l'Aval, plus ou moins fort, et toujours dans le même sens... Ici, on n'avance pas. On contre.

Depuis huit siècles, les Hordes se succèdent, faisant le même pèlerinage pour atteindre l'Extrême-Amont et trouver une réponse à LA question...

Cette horde, la Horde du Contrevent, est la trente quatrième, et la dernière. Elle est constituée de 23 membres, l'élite, triés sur le volet, et conditionnés dès leur plus jeune âge à vouer leur vie pour un but commun: découvrir l'origine du vent.

Chacun a une fonction qui lui est propre, et toutes sont indispensables et complémentaires; et pour chacun, Damasio adopte un style littéraire différent.

Il y a Golgoth, le Traceur, 9ème de sa lignée, totalement habité par sa quête. Aidé d'Arval, Eclaireur, c'est lui qui décide du chemin à prendre. Il y a Pietro, Prince, diplomate. Caracole, Troubadour insaisissable et imprévisible. Erg Machaon, Combattant-Protecteur, qui assure avec bienveillance la sécurité du groupe. Oroshi Melicerte, Aéromaître, est une magicienne de l'air; elle décode le moindre souffle de vent. Callirhoé, Feuleuse, est maîtresse du feu. Larco, Braconnier du ciel, attrape dans ses filets aériens de quoi sustenter la Horde... 23 membres, une famille unie par une même quête et une solidarité hors normes.

Si La Horde du Contrevent est incontestablement un chef-d’œuvre, Alain Damasio est un Maître. Son roman ne ressemble à rien de déjà connu, il sort des cadres pour trouver sa propre liberté. Cela en fait un livre-univers unique, à haute dimension philosophique et poétique, totalement désarçonnant tellement nos repères sont bouleversés…

Alain Damasio manie la langue française d’une plume de maître. Il joue avec les mots, leur redonne vie et saveur ; il leur offre une seconde chance, les utilise hors de leur contexte habituel pour leur donner un nouveau sens ou apporter une dimension poétique à son récit… à tel point qu’on en vient parfois à oublier leur acception « première » tellement cela a du sens.

Contrairement à bon nombre de livres où l’on sent clairement que l’auteur écrit pour son lecteur, ici on a vraiment l’impression que l’auteur écrit autant pour son lecteur que pour lui-même ; que l’écriture est un prétexte au jeu, et que l’auteur s’amuse de la langue, en se lançant des défis linguistiques et littéraires qu’il relève avec brio, lointainement inspiré par un Raymond Queneau et ses Exercices de Style. Il réussit notamment à mettre en scène une joute verbale ayant pour contrainte le palindrome, et à construire un dialogue qui ait du sens!

Je pourrais vous parler de ce livre pendant des heures, et je ne suis pas la seule. Mais voilà, je ne veux pas trop en révéler pour vous laisser l’émerveillement de la découverte. Et de toute façon, les mots, même choisis avec soin, sont insuffisants pour décrire un tel univers de sensations et d’émotions. Comme le dit Le Clézio, Ce qui me tue dans l’écriture, c’est qu’elle est trop courte. Quand la phrase s’achève, que de choses sont restées au dehors !

Je terminerai donc en vous disant qu’immanquablement, ce livre va laisser une Trace. Il change votre regard sur le monde, vous incite à développer vos sens et à être attentifs à l’infime, à voir l’invisible. Jamais plus vous ne sentirez le vent sur votre visage de la même façon…


La Horde du Contrevent, d'Alain Damasio
La Volte, 2004 (avec la Bande Originale du Livre)
Folio SF, 2007 (pour la version poche)

26 déc. 2009

"La sorcière de Venise" - Anne-Sophie Silvestre, 2009


Voici trois petits contes de sorcières: La sorcière de Venise, suivi de Marie Charivari et La princesse grenouille.

La première de ces trois sorcières est la peu célèbre Befana, gentille sorcière qui est connue pour faire le tour des maisons lors de la nuit des Rois (nuit de l'Epiphanie). Les enfants accrochent une chaussette à la cheminée, et s'ils ont été sages, la Befana la remplit de chocolats et caramels, mais s'ils ont été de petits démons, elle la remplit de charbon... Ca, c'est la version officielle :-)

Anne-Sophie Silvestre nous en livre une version un peu différente... La Befana de l'histoire, qui est loin d'être bête, dit qu'il est bien difficile de savoir si un enfant a été sage ou non. Il y en a tellement... Alors pour ne pas être injuste, elle distribue à tous des chocolats et du charbon!

Une nuit, elle entend des pleurs d'enfant venant de la prison des Plombs. Que fait cet enfant dans cette prison? Quoi qu'il en soit, il a droit comme tous les autres à ses friandises... Elle se faufile dans la cheminée et découvre avec stupeur une toute petite fille, abandonnée dans une cellule vide, et une paire de boucle d'oreilles sous le conduit de la cheminée.

La maman, voulant échapper à une mort certaine, a pu s'enfuir en grimpant dans le conduit, mais elle a dû abandonner sa fille... La Befana recueille alors l'enfant, qu'elle surnomme Befanita, et se donne comme objectif de tout faire pour retrouver sa mère.

La deuxième histoire nous raconte l'histoire de Marie Charivari. Chez les Charivari, on est sorcière de mère en fille. Mais la petite Marie ne rêve que d'une chose: être une fée, comme sa cousine. Mais comme cela ne se fait pas, elle est contrainte de chiper un cahier de formules de fées pour pouvoir s'entraîner en cachette.

Première leçon: transformer un prince en crapaud, pour pouvoir après le désenchanter et faire qu'il aime sa sauveuse toute sa vie...

Mais la formule est très approximative, et le sortilège ne fonctionne pas tout à fait comme prévu...

La dernière histoire, celle de La princesse grenouille est un mélange entre la fameuse grenouille changée en prince, et l'histoire d'Hansel et Gretel. Une jeune princesse grenouille se voit proposer par son père un époux, prince lui aussi. Mais la demoiselle n'a aucune envie de se marier et fait tout pour se rendre désagréable. Et ça marche!

Les deux héritiers se disputent, et font un tel raffut que pour le punir et avoir la paix, la fée Pie les transforme en enfants!

Trop heureux de cette métamorphose, ils se disent qu'avoir des jambes est l'occasion rêvée de savoir ce qu'il y a au delà du bois. Il s'enfoncent alors dans la forêt, se perdent, et tombent sur une maison de sucrerie, sans savoir qu'il s'agit du piège d'une méchante sorcière qui enferme les enfants perdus dans son garde-manger...

Anne-Sophie Silvestre nous livre ces trois contes de gentilles sorcières, très humaines, aimant leur prochain, qui n'usent que de magie blanche pour rendre le monde meilleur, aider les gentils et punir les vilains...

C'est bien écrit, c'est drôle, c'est très accessible pour de jeunes lecteurs, c'est positif et vraiment agréable à lire. Le petit plus Mon seul regret est que les illustrations, très jolies, soient en noir et blanc... Alors aucune raison de s'en priver!

De chouettes histoires pour les petits ET les grands, car on a tous une sorcière qui sommeille en nous... ;-)

Anne-Sophie Silvestre est aussi l'auteure de la trilogie Marie-Antoinette.



La sorcière de Venise, de Anne-Sophie Silvestre
Eveil & Découvertes, 2009