La citation du mois

"Il faut accepter de ne pas savoir. Demain n'existe pas. Pense à maintenant!"

Frédéric Bihel

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20 oct. 2013

"Ma réputation" - Gaël Aymon, 2013


Laura a 15 ans, et vient de rentrer au lycée. Elle a toujours préféré la compagnie des garçons, car les filles de son âge l'insupportent. Partager des potins, et les derniers ragots ne l'intéresse pas; elle a horreur de ces filles superficielles. Alors elle traîne avec ses 3 copains, et tout se passe très bien. 

Bien sûr, les autres filles sont un peu jalouses; alors elles racontent qu'elle sort avec l'un ou l'autre, bref, que c'est un peu une allumeuse. Laura ça l'amuse, alors elle laisse dire, sans contredire. Pourquoi se justifier alors qu'elle sait qu'il n'y a aucune ambiguïté entre les garçons et elle? Elle n'est qu'un pote de plus dans leur bande. Jusqu'au jour où Sofiane, un de ses meilleurs copains, essaye de l'embrasser, et qu'elle le repousse. A partir de là, la descente aux enfers commence... 

Ses soi-disant "copains" l'ignorent soigneusement, ne lui gardent plus sa place en cours, ne mangent plus avec elle, l'envoient "se trouver des copines". Elle entend rire sur son passage, surprend des échanges de textos sous les tables. Même les profs ont bien remarqué que quelque chose à changé. Petit à petit elle s'isole, fait le dos rond en attendant que passe la tempête. Et puis tout s'accélère. Dans son sillage, elle entend les mots "pute", "salope". Des mots comme des coups de poignard. 

Finalement, la photo, placardée sur son casier, balancée sur Facebook, et sur un site porno avec son nom et son prénom. Les élèves ont trouvé un nouveau bouc-émissaire, et ne sont pas prêt à le lâcher de sitôt; au moins pendant ce temps-là, ils ne sont pas la cible... C'est un déchaînement d'insanités, de commentaires salaces, voire carrément dégueulasses. Une meute de chiens affamés lancés sur le même os. Une vraie curée.


Ce livre est très fort et essentiel, pour briser le silence qui entoure le harcèlement scolaire.  Avec le tout-accès à internet, le phénomène prend une ampleur non maîtrisable. Les jeunes utilisent Facebook, inconscients des risques et des dérives possibles. Un conflit d'ordre privé entre deux personnes est étalé sur la place publique, et chacun y va de son commentaire. Ou pas d'ailleurs. Tous sont coupables: le harceleur et les témoins, ceux qui encouragent, et ceux qui se taisent. Ils peuvent être punis par la loi d'un an d'emprisonnement et 15000€ d'amende.

J'invite tous les profs, parents et ados à partir de 12-13 ans à lire ce livre (je l'ai fini en 1h30), et à se renseigner sur ce qu'est le harcèlement (cliquez simplement sur la couverture du livre). 

Et surtout, ne vous taisez pas.


Ma réputation, de Gaël Aymon
Collection Romans Ado
Actes Sud Junior, 2013

3 juin 2011

"Pour te venger, Joy" - Geneviève Senger, 2011

C'est d'abord la couverture qui m'a happée. Je l'ai trouvé à la fois très belle, et d'une infinie tristesse. Comme si l'eau de l'aquarelle allait soudain se mettre à rouler en larmes sur le visage de la jeune fille.

J'ai voulu savoir ce qui rendait cette belle jeune fille si triste, et pourquoi diable elle avait besoin d'être vengée. Là commence ma lecture...

Joy, 16 ans, la meilleure amie de Lucas, ne peut s'être suicidée. Pourtant, tout est là: la lettre, le chagrin d'amour, le test de grossesse... La mère de Joy, après avoir été dans le déni, a fini par admettre que sa fille avait choisi de basculer dans le vide pour mettre fin à son chagrin.

Mais lorsque Lucas vient passer des vacances chez eux, à Strasbourg, il va mettre à profit ce temps pour essayer de comprendre, de trouver des éléments nouveaux dans la chambre intacte de son amie qui pourraient expliquer son geste désespéré.

Joy n'était pas dépressive, et ne lui avait jamais fait part d'inquiétudes, ou de graves problèmes. A remonter le fil de l'histoire, il finit par retrouver celui qu'elle désignait comme le père de l'enfant qu'elle portait, ainsi qu'une de ses amies; petit à petit, les éléments s'assemblent. Un scénario commence à se dessiner, effroyable. Mais Lucas, aveuglé par son désir de vengeance, ne va-t-il pas trop loin en conjectures? Il se doit de faire la part des choses entre ce que lui dicte son intuition, et ce que sont réellements les faits. Malgré tous ses efforts de rationalisation, le doute s'insinue, vicieux, collant, épuisant...

L'histoire de Joy et Lucas m'a profondément bouleversée. Parce qu'à un moment j'ai eu leur âge, parce que j'ai vécu des chagrins d'amour, et parce qu'un jour un ami a eu un geste désespéré, j'ai pu profondément m'identifier à eux.

On peut ne pas accepter, mais il est très douloureux de ne pas comprendre. Douloureux aussi de s'apercevoir qu'on ne connaît pas nos proches aussi bien qu'on le croyait. J'ai souvent l'impression qu'on a tendance à ne pas voir plus loin que le bout de son nez; ce livre m'a rappelé d'une façon tout à fait vertigineuse que chaque être humain est un univers qui, en diverses occasions, rentre en interaction pour une durée donnée avec d'autres univers, puis recommence ailleurs, indéfiniment...

On a beau être très proches de certaines personnes, on ignore tout de l'océan d'émotions qui les gouverne, de ce qui les meut dans le monde, de leurs blessures... En prendre conscience ne changera pas forcément la face du monde, mais c'est déjà un début, pour se rappeler d'être à l'écoute de se qui se passe autour de nous.

Un gros coup de coeur, donc, pour ce livre beaucoup plus profond qu'il n'y paraît au premier abord. A lire les yeux fermés, si je puis dire :-)


Pour te venger, Joy de Geneviève Senger

Oskar Editions, 2011

31 janv. 2009

"Millenium - T.1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" - Trilogie de Stieg Larsson, 2006


Millenium... il est quasi impossible de passer à côté. Je travaille en médiathèque, et les gens se l'arrachent depuis que nous l'avons acheté. Il y a trois mois d'attente pour obtenir un exemplaire dans l'une des huit médiathèques du réseau; nous avons dû racheter des exemplaires car nous nous les faisons voler régulièrement...

C'est un vrai phénomène littéraire qui au départ m'a intriguée, mais sans plus. Et puis ma mère m'a dit un jour: "Dis-donc, tu connais la trilogie Millenium, de l'auteur suédois, là...? J'ai attaqué le deuxième tome, j'ai lu le premier en trois jours!!" (il faut savoir que chaque tome fait presque 600 pages, tout de même) Là je me suis dit: Si ma mère s'y met aussi, il va falloir que je fasse quelque chose... Finalement, j'ai réussi par miracle à m'en procurer un exemplaire, mais je ne lis pas assez vite (pour cause d'autres lectures professionnelles urgentes), il est réservé deux fois, et il va falloir que je le rende avant de l'avoir fini. Aaaah! Je crois que je vais devoir l'acheter :-)

Je n'en suis donc qu'au premier tome, intitulé Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - tout un programme! La base de l'histoire est celle-ci: un journaliste économique, Mikael Blomkvist, est contacté par Henrik Vanger, un important homme d'affaire, pour relancer une très vieille enquête laissée sans suite. La nièce de cet homme (Harriet) a mystérieusement disparu il y a 40 ans dans le huis clos d'une île, et quelqu'un prend un malin plaisir à le rappeler à Vanger tous les ans à son anniversaire.
Aidé par Lisbeth Salander, une jeune femme perturbée et asociale mais cependant très intelligente et fouineuse hors pair, il replonge sans trop d'espoir dans le dossier mille fois examiné, jusqu'au jour où une intuition tenace lui fait reprendre un dossier...

Ce premier opus nous offre une histoire bien construite, autour de personnages hors normes. Toute cette histoire se dégage des stéréotypes du polar, même si bien évidemment, il y a un crime, une victime et un "enquêteur", personnage en quête de vérité. Il y a aussi ceux qui montrent de la fausse bonne volonté, les gentils pourris, les femmes succubes et manipulatrices, etc... Que de bons ingrédients!

L'enquêteur n'est pas flic, il n'est pas alcolo, et ne fait pas des maquettes pour se détendre dans son bureau lorsqu'il fait nuit noire. Il vit le jour, n'a pas de passé tortueux, il aime les femmes et les femmes le lui rendent bien, c'est un journaliste économique engagé révolté par les magouilles des puissants. Bref, c'est un type normal, tout simplement. Voire même un peu trop normal, un peu trop cool et débonnaire. On a l'impression, au début en tout cas, que les évènements coulent sur lui sans l'atteindre. Il est agaçant de platitude. Et puis petit à petit, ils se réveille, comme sorti de sa torpeur au contact de gens au caractère bien trempé...

Lisbeth, la jeune femme qui l'aide, est une sociopathe très perturbée, violente, solitaire, mise sous tutelle par l'Etat car déclarée comme malade mentale grave. En fait, elle est d'une intelligence rare, et possède le don de savoir retrouver n'importe quelle info sur n'importe qui, car elle sait où chercher (même si ses méthodes ne sont pas des plus catholiques...). C'est un petit oiseau de 42kg qui rejette l'autorité sous toute ses formes et ne se laisse jamais faire, même par les plus costauds, et qui se venge quand on l'a offensée. Et croyez-moi, Lisbeth, faut pas venir l'emmerder!

Ensemble il vont mener l'enquête sur la disparition d'Harriet Vanger 40 ans auparavant, et vont découvrir petit à petit de nouveaux indices et des détails qui n'ont pas été exploités lors de la première enquête et en découvrant de nouveaux liens entre les évènements et les gens, ils vont ainsi faire ressurgir la terrible vérité.
Car ce qui s'est passé est bien pire que ce que vous pouvez imaginer. Et ce qui est pire que tout, c'est que Stieg Larsson, pour les crimes qu'il décrit (des meurtres et une scène de viol très dure, notamment) s'est inspiré de faits divers réels. Et je vous assure que quand vous savez ça, quand vous savez que des femmes ont réellement subi les horreurs qui sont décrites, je vous assure que le livre prend une autre ampleur.

Pour les personnages, Stieg Larsson s'est également inspiré de personnages réels. Ce monsieur est auteur de polars à succès, mais dans la vie courante, il est journaliste économique. Les personnages du journal sont des gens qu'il connaît, etc...Ca pourrait presque passer pour une autobiographie fantasmée, un cauchemar couché sur le papier.

L'histoire met du temps à se mettre en place, et du coup le début de la lecture est un peu laborieux. Mais ce début un peu longuet est toutefois nécessaire, car il permet de placer le décor et les personnages, qui sont autant de pièces du puzzle qui va se reconstituer au fil des pages.

C'est quelque chose que j'ai trouvé très agréable: on visualise très bien le déroulement des évènements, et c'est comme si on avait les indices sous les yeux. Notre cheminement intellectuel pour résoudre l'énigme Harriet avance au même rythme que celui de Blomkvist. C'est comme si l'on était dans sa tête et que l'on réfléchissait en même temps. Jamais on n'a l'impression d'avoir découvert quelque chose qu'il ne sait pas encore. L'auteur ne fait pas de cadeau au lecteur: il ne lui donne pas plus d'indices qu'à son personnage.

Ce premier volume pourrait se suffire à lui-même, si Stieg Larsson n'avait pas décidé, 100 pages avant la fin, de nous relancer sur un autre sujet palpitant, qui nous donne bien évidemment envie d'attaquer immédiatement le volume 2, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'un allumette et de retrouver Mikael et Lisbeth dans un nouveau pétrin.

Je viens de le commencer, et au vu des quinze premières pages, je peux déjà dire que ça démarre sur les chapeaux de roue!

A suivre...



Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - Millenium T.1, Stieg Larsson
Collection Actes Noirs
Actes Sud, 2006