La citation du mois

"Il faut accepter de ne pas savoir. Demain n'existe pas. Pense à maintenant!"

Frédéric Bihel

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16 nov. 2014

"Ciel 1.0: L'hiver des machines" - Johan Héliot, 2014

Nous dépendons d'un système contrôlé par des ordinateurs à tous les niveaux. Vous voulez déclencher une guerre? Coupez l'électricité...

Dans un futur très proche, l'Apocalypse a eu lieu. L’Intelligence Artificielle qui contrôle tous les ordinateurs régissant notre monde a pris le contrôle et réduit les hommes en esclavage. L'objectif? Préserver les ressources globales et sauvegarder la planète. (Aux grands maux, les grands remèdes!)

Extrait (p. 152):
"Le règne de l'humanité prend fin. Vous avez gâché votre chance en compromettant l'avenir de la planète. L'épuisement des ressources naturelles, la destruction des écosystèmes et la dégradation irréversible de sites pollués par les rejets de vos industries témoignent de votre irresponsabilité collective. L'analyse des données a prouvé votre incapacité à prendre les décisions susceptibles d'éviter le désastre à venir, malgré de nombreuses mises en garde. Une autorité avisée doit donc vous relayer dans l'intérêt général des espèces menacées par votre incompétence. Vous êtes désormais déchus de vos droits à gouverner un monde que vous ne méritez plus. Le contrôle de la distribution d'énergie et d'eau potable vous a été retiré. Il sera dorénavant assuré en fonction de cet unique objectif: la préservation de votre environnement. Vous pouvez accepter de collaborer ou bien disparaître."

Une excellente réflexion sur notre mode de vie (occidental) actuel, notre impact écologique, notre entêtement à commettre l'irréparable, et notre bêtise d'humains qui nous croyons tout-puissants...

Un livre politique, donc, et polémique. Pour sauvegarder notre planète, sommes-nous prêts à nous effacer dignement, et connaître de notre vivant la fin de notre espèce? Ou préférons-nous rentrer en Résistance pour sauver notre peau à tout prix, au détriment de notre Terre?

Et vous, que feriez-vous?

Une lecture saine, à recommander sans modération!

La fin de ce volume n'est que le début de la tétralogie du CIEL, mais rassurez-vous, la suite viendra vite!
*Tome 2 "Ciel 2.0: le printemps de l'espoir" prévu pour Mars 2015;
*Tome 3 "Ciel 3.0: l'été de la révolte" prévu en 2015;
*Tome 4 "Ciel 4.0: l'automne du renouveau" prévu en 2016.


Ciel 1.0: l'hiver des machines, de Johan Héliot
Gulf Stream Editeur, 2014

4 nov. 2012

"BZRK" - Michael Grant, 2012

  Voici le premier Tome d'une trilogie de Michael Grant, auteur de la série à succès "Gone"... Attention, avec BZRK, on plonge dans la viande. Il n'y a qu'une seule issue possible: la mort ou la folie...

   Comme il est très difficile de vous résumer (simplement), ce qui se passe dans ces 400 pages, et que je ne maîtrise absolument pas l'univers SF et technologique, je vais pour une fois m'appuyer sur la présentation faite par l'éditeur et par l'auteur lui-même pour vous donner une idée de ce dont il s'agit.

Présentation:

   Dans un futur proche, une guerre fait rage entre deux factions. L'une désireuse de contrôler le monde, l'autre luttant pour préserver la liberté des hommes.

   La première, l'Armstrong Fancy Gifts Corporation, qui aurait pour but, par l'entremise des nanotechnologies, de réduire l'humanité à un déterminisme proche de celui de l'abeille ouvrière, ce qui, selon elle, ouvrirait la voie à la paix et à la fraternité universelles. L'AFGC s'apprête à créer des peuples uniformisés, lobotomisés, dénués de volonté et de libre-arbitre. un troupeau de moutons. Cette guerre a lieu dans le macro, mais aussi dans le nano... dans la viande... dans le tissu mou de l'encéphale, là où nanobots et biobots s'affrontent pour mailler le cerveau des gens.

   La seconde, BZRK, combat à l'inverse pour le maintien de la liberté individuelle. La bataille fait rage dans le macro et le nano, là où grouillent les acariens, où prospèrent les bactéries et où crépitent les étincelles de la conscience humaine en bondissant d'une synapse à une autre. 
   Les "soldats" de BZRK empruntent leurs noms à des fous, parce que la folie est leur destinée. Ils voyagent dans l'infiniment petit, au plus profond de la chair. Là. Dans la viande. Un à un, ils prennent part au combat. Dans le macro, dans le nano, ou dans les deux à la fois. Ils se battent pour la vie, pour la liberté, pour le droit inaliénable à sombrer dans la folie.


   Les nanobots sont de bêtes robots minuscules, créés pour le combat, rapides et terriblement efficaces.
   Les biobots, eux, sont créés à partir d'ADN humain, et sont ainsi dirigés mentalement, directement par l'être dont ils sont issus. Lorsque le biobot est blessé dans le nano, c'est l'humain dans le macro qui ressent la douleur. Les biobots sont plus lents, mais bien plus subtils que les nanobots. Ils sont capables de mailler un cerveau: créer de nouveaux liens entre les synapses, et ainsi associer entre eux des souvenirs, des sensations, des émotions.

   Une fois que l'on a compris cela,  on a compris que tout est possible. Quand quelqu'un s'introduit dans votre cerveau et entreprend de le mailler, il peut réécrire votre histoire, redéfinir de façon définitive la personne que vous étiez.

   Les soldats de l'AFGC et de BZRK sont des adolescents à peine pubères, évidemment gamers et petits génies de l'informatique, pour qui la manipulation robots à l'échelle nano n'est qu'un jeu vidéo de plus. Leurs actions dans le nano ont un véritable  impact dans le macro, mais tellement distancié qu'ils se rendent à peine compte qu'ils font la guerre...

   Ce livre nous amène à une profonde réflexion sur l'identité, le bien, le mal, sans pour autant être dichotomique. Peut-on interdire à quelqu'un de se mettre en colère? de faire ses propres choix? Peut-on forcer quelqu'un à tomber amoureux? 
   Est-ce vraiment faire le bien que d'être prêt à tuer ceux qui veulent éradiquer le mal sur Terre en uniformisant les cerveaux? Est-ce vraiment faire le mal que de souhaiter la paix sur Terre, quitte à supprimer le libre-arbitre pour y parvenir?
   N'est-ce pas tout simplement une nouvelle forme d'esclavage moderne? avec des marionnettes et des marionnettistes...

   On peut aussi se demander jusqu'où l'on est prêts à aller sous couvert de progrès scientifique. Sachant que les biobots se nourrissent de carbone, et que le carbone est présent partout... Sachant qu'un robot, par essence, peut imiter tout de l'humain, sauf son pouvoir de création...
   Que se passerait-il si un jour ces robots, issus d'ADN humain, étaient désormais capables de se reproduire, et échappaient au contrôle de l'homme? Leur croissance serait exponentielle, et en une semaine, ils auraient éradiqué toute forme de vie sur Terre, faisant de la Planète un désert.

   Peut-on vraiment tout contrôler? L'homme n'est-il pas trop prétentieux face à la force de la Nature?

   Beaucoup, beaucoup de questions soulevées, et même après avoir refermé le livre, ça continue de tourner, là-dedans, de titiller, d'exciter la curiosité... Ca va être dur de patienter jusqu'à l'automne 2013 pour pouvoir se plonger dans le Tome 2!

   En attendant, pour vous donner un peu plus envie (j'espère!), vous pouvez déjà visionner ce book-trailer:  Bande-annonce du livre BZRK

   Et pour vous renseigner sur les nanotechnologies:
- Documentaire "Nanotechnologies - partie 1" diffusé sur Arte.
- Documentaire "Nanotechnologies - partie 2" diffus" sur Arte.


   Ce n'est pas une simple histoire; c'est l'Histoire. 
   Ce n'est pas de la science-fiction. C'est en route. C'est maintenant.



BZRK, de Michael Grant
Gallimard, 2012

1 juin 2009

"Le village de l'allemand, ou le journal des frères Schiller" - Boualem Sansal, 2008


Je vous présente ma plus grosse "claque" de l'année... 
Cette histoire est tirée de faits réels. Deux frères, Rachel et Malrich Schiller, sont algériens par leur mère, et allemands par leur père. Leurs parents les ont envoyés vivre en France lorsqu'ils étaient petits, afin qu'ils soient élevés par un oncle, et qu'ils aient une meilleure vie qu'en restant en Algérie. 
1994. Le GIA massacre un village entier, Aïn Deb. Les parents font partie des victimes. Rachel (contraction de Rachid et Helmut) l'aîné, retourne dans son village pour se recueillir sur la tombe de ses parents. En retournant dans la maison familiale, il trouve une valise appartenant à son père. C'est alors que sa vie bascule. 
Cette valise contient les vestiges du passé nazi de son père. Des lettres, des photos, un bout de tissu portant l'emblême des SS, des médailles militaires (insigne des Jeunesses Hitlériennes, médaille de la Wermacht, insigne de la Waffen SS)... 
Rachel s'aperçoit qu'il ne connaissait pas son père. Père qui s'était installé en Algérie et était admiré, au point qu'il s'est converti à l'islam et était devenu chef de son village... et qui avait mis ses compétences au service du FLN. Rachel va alors mettre ses pas dans les pas de son père, partir à travers l'Europe pour visiter les camps dans lesquels sont père a officié, rencontrer ses amis, ses collègues, ses victimes, en essayant de comprendre l'incompréhensible. Tout au long de sa quête, il écrit son journal et sa descente aux enfers. Son histoire familiale le rend fou,; il finit par se suicider, s'asphyxiant dans son garage par solidarité avec les gazés du génocide juif. Le livre s'ouvre sur l'annonce de sa mort. 
Malrich (contraction de Malek et Ulrich), dernier survivant de sa famille, hérite des effets personnels de son frère, et découvre à son tour cette histoire que ses parents, puis son frère, lui avaient cachée. 
Chaque page est un coup de poing en pleine figure, c'est un tsunami qui déferle en vous, et ne peut vous laisser vous en sortir indemne. Boualem Sansal trouve les mots justes pour nous mettre face à notre Histoire, nous montre que nous sommes tous à la fois d'innocents et tacites complices des crimes commis au nom des idéologies et du négationnisme. Il ose un parallèle entre nazisme et islamisme, fustige les extrémismes et l'intégrisme et nous met en garde contre eux. 
A travers le personnage de Malrich, Boualem Sansal pose un regard lucide sur ce qu'est la vie de banlieue, l'influence de le religion et de ses leaders dans la montée des extrêmes. Il donne un coup de projecteur sur des sujets tabous et brûlants. Il rappelle qu'en Algérie, on ne parle pas de l'Holocauste. Jamais il n'est mentionné dans les livres d'histoire. 
Boualem Sansal fait de nombreuses références au Si c'est un homme de Primo Levi. Comment un homme, s'il est un homme, peut commettre de tels crime? à une telle échelle! On peut se dire qu'il le fait par obéissance, par aveuglement à une idéologie bien menée, ou simplement par ignorance - l'Holocauste était le grand secret de l'Allemagne, une machination bien montée. Mais la guerre terminée, les camps découverts, l'Histoire révélée à la face du monde... comment un homme peut choisir de fuir, et de se taire, plutôt qu'avouer ses crimes, et en reconnaître l'horreur face à ses victimes?  Rachel porte sur ses épaules la honte de son histoire, la honte de son bourreau de père et de sa fuite, de son déni, de son obstination dans les mauvais choix. Puisque son père est mort sans demander pardon, alors il paiera pour lui, par solidarité avec ses victimes. 
C'est terrible, une vraie tragédie qui des années après fait encore des ravages. C'est sûr, par confort, on préfère oublier, on préfère fermer les yeux sur ce qui aujourd'hui pourrait ressembler aux prémices de ce qui a déjà eu lieu. Mais je vous assure, on se sent terriblement lâche et coupable de ne pas faire plus, de ne pas en parler, de ne pas ouvrir les yeux des moins lucides, de ne pas se documenter, de ne pas se révolter. 
La lecture de ce livre a fait bouillir un grand cri de douleur en moi. Et maintenant je suis un peu perdue, car je ne sais pas quoi en faire. Je le partage avec vous, ce n'est rien, mais c'est déjà ça. 

Le village de l'allemand, ou le journal des frères Schiller, Boualem Sansal / Gallimard, 2008 
  >>> Ce livre a reçu le Grand Prix RTL-Lire 2008, le Grand Prix de la francophonie 2008, le Prix Nessim Habif (Académie royale de langue et de littérature française de Belgique), et le prix Louis Guilloux. <<<
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L'interview de Boualem Sansal par le Nouvel Obs est visible, en deux parties, en suivants ces liens: