La citation du mois

"Il faut accepter de ne pas savoir. Demain n'existe pas. Pense à maintenant!"

Frédéric Bihel

10 avr. 2013

"Le chat beauté" - Florence Hinckel, 2013

Pitre est un gros matou pépère, qui aime la bonne vie faite de sardines, de câlins, de siestes, et de tranquillité.

Malo, quant à lui, est un chat un peu "prout-prout" qui aime se montrer, se pavaner, et les compliments à tout bout de champ. Il a d'ailleurs déjà remporté plusieurs concours de beauté.

Leurs propriétaires respectifs se querellent, ou plus exactement... ils ne peuvent pas se sentir! Ils décident de régler leur différend par chats interposés, en les faisant participer à un concours de beauté félin. Car bien entendu, le meilleur (entendez "le plus beau") triomphera!

Oui mais... ça n'est pas si simple. Pitre a beau être une bonne patte, il ne va pas se laisser faire, même si on sent qu'il y met vraiment du sien pour faire plaisir à ses maîtres!

Au final et comme attendu, Malo gagne le concours du plus beau chat, mais un prix est décerné à Pitre pour son incroyable personnalité et sa "sensibilité exceptionnelle"...


Ah, j'ai bien ri en lisant ce petit roman aux illustrations exquises! C'est le chat qui raconte, alors imaginez la séance de "torture" chez le toiletteur, le flegme Garfieldesque quand les souris passent sous son nez et qu'il ne daigne pas tendre la patte... 
C'est drôle, fin, et la morale véhiculée par l'histoire est à mon sens essentielle: l'apparence compte, certes, mais ce qui attirera davantage la sympathie, c'est la personnalité et la sensibilité. C'est rafraîchissant, ça fait du bien, et c'est à ne rater sous aucun prétexte!


Le chat beauté, de Florence Hinckel, ill. Joëlle Passeron
Nathan, 2013

"Le quatrième petit cochon" - Agnès de Lestrade, 2013

Où l'on apprend que les trois petits cochons avaient un petit frère (au nom très original de Rikiki...)! Celui-ci, n'acceptant pas que les grands quittent la maison parentale sans lui, fait son baluchon et les suit à bonne distance.

Mais il est suffisamment proche pour voir le loup s'approcher et convoiter - comme vous savez - les maisons des trois aînés. Il va alors lui jouer un tour de cochon, et sauver ses frères!

Il a beau être petit, c'est lui le plus fort et le plus courageux! En prenant la responsabilité de protéger ses frères, il a grandi d'un coup, gagné le respect des plus âgés, respect qui lui permettra de prendre confiance en lui, d'aller au bout de ses ambitions, et de faire le métier dont il rêve: peindre.


Une mignonne première lecture pour les enfants qui commencent tout juste à lire seuls. 
Bon, ça ne casse pas des briques (ni de la paille, ni du bois), et les illustrations ne sont pas terribles, mais ça peut plaire aux petits.

Les mots difficiles sont surlignés et expliqués dans un court lexique en fin d'ouvrage. C'est un récit qu'on peut retrouver dans la revue "J'apprends à Lire".


Le quatrième petit cochon, d'Agnès de Lestrade, ill. Laure du Faÿ
Collection Benjamin
Milan Poche, 2013

"Ma grand-mère m'a mordu" - Audren, 2013

C'est un monde étrange que celui où ce sont les grands-mères qui crachent et qui mordent les enfants quand ces derniers refusent de les laisser regarder Des Chiffres et Des Lettres!

Et pourtant, c'est bien ce qui est arrivé à Marcus et Fleur, qui refusent de se laisser faire, et qui, en réaction, créent l'association des VMV (= Victimes des Mémés Violentes).

Le pire, c'est que personne ne les croit, et surtout pas leur parents qui ne peuvent imaginer leurs aïeux que comme de gentilles, innocentes et inoffensives personnes...

Le temps de la revanche a sonné !!

Voilà un concept de roman tout à fait original et jubilatoire, où les mémés se croient tout permis, sous prétexte qu'elles sont vieilles et qu'on leur donnerait le bon dieu sans confession. Mais elles sont fourbes... Elles savent pertinemment que les enfants ont une telle imagination, que s'il leur prend l'envie de rapporter un truc aussi énorme, personne ne les croira !

Moi je vous le dis... méfiez vous du vieux qui dort!

Audren signe ici un petit roman fort sympathique, à lire dès 8 ans, mais aussi par les plus grands!
Et pour une fois, une couverture Ecole des Loisirs qui est sympa (et très explicite!).


Ma grand-mère m'a mordu, Audren
Collection Neuf
Ecole des Loisirs, 2013

"Petit Minus" - Séverine Vidal, 2013

Une petite fille va avoir un petit frère; elle nous raconte cette grande aventure qui bouleverse sa vie et la fait grandir.

Elle raconte comment elle a appris la nouvelle, ainsi que l'attente - 9 mois, c'est long pour une petite fille! -, ses craintes, la préparation de la chambre, le choix du prénom. 

Son choix à elle se porte tout naturellement sur "Petit Minus".

Elle raconte également le moment où son Papa vient la chercher à l'école pour l'emmener à la maternité faire connaissance avec le bébé, et comment elle découvre ce petit-frère tout chaud et tout doux...

J'ai flashé sur les illustrations que je trouve très expressives et très tendres, mais aussi sur le fait que ce livre , conçu de façon fort intelligente, peut se lire de trois façons différentes, et raconter véritablement trois histoires:

- Soit on ne lit que les pages de gauche, et on a le récit au passé (comment elle a appris la nouvelle, l'attente, etc...)
- Soit on ne lit que les pages de droite, et on a l'instant présent (quand elle part à la maternité avec son Papa)
- Soit on lit le livre comme il vient, page de gauche puis de droite, et on a les deux récits savamment imbriqués, une histoire faite de présent et de souvenirs, récit de cette aventure qu'est devenir grande sœur,  depuis l'annonce de la grossesse jusqu'à la naissance.

Bref, si cette histoire plaît aux petits, au moins les parents ne s'ennuieront pas à la lire, puisque chaque soir, il peuvent raconter la même histoire... mais différemment!



Petit Minus, de Séverine Vidal, ill. Cécile Vangout
L'Elan Vert, 2013

"Concerto pour deux marmottes et plein d'enfants..." - Edouard Manceau, 2013

J'ai beau aimer beaucoup de le travail d'Edouard Manceau, j'avoue que je ne comprends pas ce qu'il lui a pris...

Le livre est construit en deux parties: une première avec des photos d'animaux empaillés accompagnées d'onomatopées sensées faire réagir les bébés, mais qui n'ont tellement rien à voir avec les images qu'on se demande pourquoi elles sont là; et aussi une phrase de texte absolument sans intérêt.

Et la deuxième partie du livre est...incompréhensible. En tout cas, incompréhensible pour moi, adulte; j'ai peut-être simplement 30 ans de trop, je ne sais pas... 

Et pour couronner le tout, la 4ème de couverture est extrêmement pompeuse et prétentieuse par rapport au contenu médiocre de cet album.
Je ne comprend même pas comment la ville de Grenoble a pu dépenser de l'argent pour offrir cet album (pardon, cette "oeuvre d'art", cf. la 4ème de couv.!) à tous les bébés.

Edouard Manceau, si vous me lisez, pardon, mais il va falloir faire mieux la prochaine fois!



Concerto pour deux marmottes et plein d'enfants..., de Edouard Manceau
Frimousse, 2013

4 nov. 2012

"BZRK" - Michael Grant, 2012

  Voici le premier Tome d'une trilogie de Michael Grant, auteur de la série à succès "Gone"... Attention, avec BZRK, on plonge dans la viande. Il n'y a qu'une seule issue possible: la mort ou la folie...

   Comme il est très difficile de vous résumer (simplement), ce qui se passe dans ces 400 pages, et que je ne maîtrise absolument pas l'univers SF et technologique, je vais pour une fois m'appuyer sur la présentation faite par l'éditeur et par l'auteur lui-même pour vous donner une idée de ce dont il s'agit.

Présentation:

   Dans un futur proche, une guerre fait rage entre deux factions. L'une désireuse de contrôler le monde, l'autre luttant pour préserver la liberté des hommes.

   La première, l'Armstrong Fancy Gifts Corporation, qui aurait pour but, par l'entremise des nanotechnologies, de réduire l'humanité à un déterminisme proche de celui de l'abeille ouvrière, ce qui, selon elle, ouvrirait la voie à la paix et à la fraternité universelles. L'AFGC s'apprête à créer des peuples uniformisés, lobotomisés, dénués de volonté et de libre-arbitre. un troupeau de moutons. Cette guerre a lieu dans le macro, mais aussi dans le nano... dans la viande... dans le tissu mou de l'encéphale, là où nanobots et biobots s'affrontent pour mailler le cerveau des gens.

   La seconde, BZRK, combat à l'inverse pour le maintien de la liberté individuelle. La bataille fait rage dans le macro et le nano, là où grouillent les acariens, où prospèrent les bactéries et où crépitent les étincelles de la conscience humaine en bondissant d'une synapse à une autre. 
   Les "soldats" de BZRK empruntent leurs noms à des fous, parce que la folie est leur destinée. Ils voyagent dans l'infiniment petit, au plus profond de la chair. Là. Dans la viande. Un à un, ils prennent part au combat. Dans le macro, dans le nano, ou dans les deux à la fois. Ils se battent pour la vie, pour la liberté, pour le droit inaliénable à sombrer dans la folie.


   Les nanobots sont de bêtes robots minuscules, créés pour le combat, rapides et terriblement efficaces.
   Les biobots, eux, sont créés à partir d'ADN humain, et sont ainsi dirigés mentalement, directement par l'être dont ils sont issus. Lorsque le biobot est blessé dans le nano, c'est l'humain dans le macro qui ressent la douleur. Les biobots sont plus lents, mais bien plus subtils que les nanobots. Ils sont capables de mailler un cerveau: créer de nouveaux liens entre les synapses, et ainsi associer entre eux des souvenirs, des sensations, des émotions.

   Une fois que l'on a compris cela,  on a compris que tout est possible. Quand quelqu'un s'introduit dans votre cerveau et entreprend de le mailler, il peut réécrire votre histoire, redéfinir de façon définitive la personne que vous étiez.

   Les soldats de l'AFGC et de BZRK sont des adolescents à peine pubères, évidemment gamers et petits génies de l'informatique, pour qui la manipulation robots à l'échelle nano n'est qu'un jeu vidéo de plus. Leurs actions dans le nano ont un véritable  impact dans le macro, mais tellement distancié qu'ils se rendent à peine compte qu'ils font la guerre...

   Ce livre nous amène à une profonde réflexion sur l'identité, le bien, le mal, sans pour autant être dichotomique. Peut-on interdire à quelqu'un de se mettre en colère? de faire ses propres choix? Peut-on forcer quelqu'un à tomber amoureux? 
   Est-ce vraiment faire le bien que d'être prêt à tuer ceux qui veulent éradiquer le mal sur Terre en uniformisant les cerveaux? Est-ce vraiment faire le mal que de souhaiter la paix sur Terre, quitte à supprimer le libre-arbitre pour y parvenir?
   N'est-ce pas tout simplement une nouvelle forme d'esclavage moderne? avec des marionnettes et des marionnettistes...

   On peut aussi se demander jusqu'où l'on est prêts à aller sous couvert de progrès scientifique. Sachant que les biobots se nourrissent de carbone, et que le carbone est présent partout... Sachant qu'un robot, par essence, peut imiter tout de l'humain, sauf son pouvoir de création...
   Que se passerait-il si un jour ces robots, issus d'ADN humain, étaient désormais capables de se reproduire, et échappaient au contrôle de l'homme? Leur croissance serait exponentielle, et en une semaine, ils auraient éradiqué toute forme de vie sur Terre, faisant de la Planète un désert.

   Peut-on vraiment tout contrôler? L'homme n'est-il pas trop prétentieux face à la force de la Nature?

   Beaucoup, beaucoup de questions soulevées, et même après avoir refermé le livre, ça continue de tourner, là-dedans, de titiller, d'exciter la curiosité... Ca va être dur de patienter jusqu'à l'automne 2013 pour pouvoir se plonger dans le Tome 2!

   En attendant, pour vous donner un peu plus envie (j'espère!), vous pouvez déjà visionner ce book-trailer:  Bande-annonce du livre BZRK

   Et pour vous renseigner sur les nanotechnologies:
- Documentaire "Nanotechnologies - partie 1" diffusé sur Arte.
- Documentaire "Nanotechnologies - partie 2" diffus" sur Arte.


   Ce n'est pas une simple histoire; c'est l'Histoire. 
   Ce n'est pas de la science-fiction. C'est en route. C'est maintenant.



BZRK, de Michael Grant
Gallimard, 2012

18 févr. 2012

"C'est l'histoire d'une histoire" - Edouard Manceau, 2011

"C'est l'histoire d'une histoire qui recommence tous les jours. Chaque matin c’est la même chose..." Le gardien de l’histoire commence sa journée en allant réveiller le grand méchant loup, qui lui va traquer un petit cochon, un lièvre, un écureuil, et un ours…
Mais aujourd’hui, il pleut, et le gardien est resté chez lui. Le loup n’a pas été réveillé. L’histoire commencera vraiment demain… s’il fait beau !

Construite à la façon d'une randonnée, cette histoire dépoussière les contes, et tient son originalité du fait qu'elle raconte l'histoire qui se déroulerait si elle avait vraiment commencé... On nous raconte l'histoire d'une absence d'histoire! Car il n'y a que deux scenarii possibles: soit il fait beau, le loup sort, et l'histoire se déroule normalement; soit il pleut, le gardien ne sort pas, et il n'y a pas d'histoire. J

Le tout est servi par de superbes illustrations qui viennent exciter notre imagination. Car ici, le travail sur l'image est remarquable. Les personnages ne sont jamais dessinés; ils n'existent que par le texte. Les illustrations sont des décors qui représentent le cadre dans lequel évolueraient les personnages si l'histoire se déroulait vraiment... Mais le texte leur donne tellement de consistance, que notre cerveau est victime de persistance rétinienne, et se souvient pourtant les avoir vus. Etonnant!

Ce livre, c'est le genre de livre qu'il faut absolument avoir chez soi, et à glisser entre les mains de tous, jeunes et vieux. Car il fait appel aux schémas habituels, tout en sortant du cadre attendu; il aborde la notion d'infini chère à Manceau, l'éternel recommencement (mais pas exactement), le libre arbitre... Chez moi, il fait appel à cette éternelle question: "Et si ma vie n'était pas ma vie, mais seulement le rêve de ma vie?", ou encore au ruban de Möbius qui, même adulte, continue de me fasciner.

Enfin voilà, ce livre c'est une expérience, et je vais arrêter de vous en parler, sinon je vais y passer la journée!

3 juin 2011

"Pour te venger, Joy" - Geneviève Senger, 2011

C'est d'abord la couverture qui m'a happée. Je l'ai trouvé à la fois très belle, et d'une infinie tristesse. Comme si l'eau de l'aquarelle allait soudain se mettre à rouler en larmes sur le visage de la jeune fille.

J'ai voulu savoir ce qui rendait cette belle jeune fille si triste, et pourquoi diable elle avait besoin d'être vengée. Là commence ma lecture...

Joy, 16 ans, la meilleure amie de Lucas, ne peut s'être suicidée. Pourtant, tout est là: la lettre, le chagrin d'amour, le test de grossesse... La mère de Joy, après avoir été dans le déni, a fini par admettre que sa fille avait choisi de basculer dans le vide pour mettre fin à son chagrin.

Mais lorsque Lucas vient passer des vacances chez eux, à Strasbourg, il va mettre à profit ce temps pour essayer de comprendre, de trouver des éléments nouveaux dans la chambre intacte de son amie qui pourraient expliquer son geste désespéré.

Joy n'était pas dépressive, et ne lui avait jamais fait part d'inquiétudes, ou de graves problèmes. A remonter le fil de l'histoire, il finit par retrouver celui qu'elle désignait comme le père de l'enfant qu'elle portait, ainsi qu'une de ses amies; petit à petit, les éléments s'assemblent. Un scénario commence à se dessiner, effroyable. Mais Lucas, aveuglé par son désir de vengeance, ne va-t-il pas trop loin en conjectures? Il se doit de faire la part des choses entre ce que lui dicte son intuition, et ce que sont réellements les faits. Malgré tous ses efforts de rationalisation, le doute s'insinue, vicieux, collant, épuisant...

L'histoire de Joy et Lucas m'a profondément bouleversée. Parce qu'à un moment j'ai eu leur âge, parce que j'ai vécu des chagrins d'amour, et parce qu'un jour un ami a eu un geste désespéré, j'ai pu profondément m'identifier à eux.

On peut ne pas accepter, mais il est très douloureux de ne pas comprendre. Douloureux aussi de s'apercevoir qu'on ne connaît pas nos proches aussi bien qu'on le croyait. J'ai souvent l'impression qu'on a tendance à ne pas voir plus loin que le bout de son nez; ce livre m'a rappelé d'une façon tout à fait vertigineuse que chaque être humain est un univers qui, en diverses occasions, rentre en interaction pour une durée donnée avec d'autres univers, puis recommence ailleurs, indéfiniment...

On a beau être très proches de certaines personnes, on ignore tout de l'océan d'émotions qui les gouverne, de ce qui les meut dans le monde, de leurs blessures... En prendre conscience ne changera pas forcément la face du monde, mais c'est déjà un début, pour se rappeler d'être à l'écoute de se qui se passe autour de nous.

Un gros coup de coeur, donc, pour ce livre beaucoup plus profond qu'il n'y paraît au premier abord. A lire les yeux fermés, si je puis dire :-)


Pour te venger, Joy de Geneviève Senger

Oskar Editions, 2011

6 févr. 2011

"Croque! La nourrissante histoire de la vie" - Aleksandra Mizielinska, 2010

Je n'ai encore jamais été déçue par un livre des éditions Rue du Monde, et celui-ci ne fait pas exception!

Croque! explique de façon très simple aux enfants le principe de la chaîne alimentaire, ou comment pour vivre, chaque être vivant se nourrit de l'être vivant qui le précède. Avec une note d'humour, on comprend très bien que le petit chat mort (parce qu'il était très très vieux) servira de nourriture aux vers, qui eux serviront de nourriture aux oiseaux, etc.

L'enfant aborde ainsi la notion d'équilibre et d'écosystème, et comprendra sûrement l'importance d'en prendre soin...

Tout cela illustré évidemment de magnifiques dessins en noir et blanc tels des gravures (voir l'image de couverture). En plus d'être intéressant, c'est un bel objet qui fera un beau cadeau.

A ne pas manquer!



Croque! La nourrissante histoire de la vie, de Aleksandra Mizielinska
Rue du Monde, 2010

5 févr. 2011

"Auprès de moi toujours" - Kazuo Ishiguro, 2009

Et dire que d'après la jolie couverture, je m'attendais à un roman classique, insouciant comme l'enfance, presque candide... J'étais bien loin du compte, car ce livre de Kazuo Ishiguro est un véritable ovni. Le plus dur va être de vous en parler, de vous donner l'envie, sans rien vous révéler...

Kath, la narratrice, nous raconte avec beaucoup de recul et de sagesse ses souvenirs d'enfance auprès de ses amis Ruth et Tommy, et comment ce qu'ils vécurent étant enfants a pu faire d'eux ce qu'ils sont devenus. Ils ont été élevés ensemble depuis leur plus jeune âge à Hailsham, une sorte de pensionnat à la fois strict et où il fait bon vivre.

L'atmosphère générale du livre au début est assez plaisante, mais très vite, on sent que quelque chose cloche. Si l'on gratte un peu le vernis, que va-t-on découvrir en dessous? Ce n'est pas vous en dire trop que de vous dire que jamais, on n'évoque des parents, de la famille, des frères et soeurs. Jamais les enfants ne quittent l'internat pendant les vacances. On ne parle pas de professeurs, mais de gardiens. On leur répète sans cesse qu'ils sont spéciaux, différents des autres; ils seraient une sorte d'élite. On sent qu'un lourd secret plane sur ces enfants. Jamais on n'évoque l'extérieur, comme s'ils étaient seuls au monde. Si bien que très vite, cela tourne au huis clos oppressant...

L'auteur, à travers Kath, sait nous tenir en haleine de façon extrêmement subtile. On ne tourne pas les pages frénétiquement... mais on les tourne, dès qu'on peut. C'est le genre de livre qui n'empêche pas de s'endormir le soir, mais qu'on garde pourtant tout le temps auprès de soi, au cas où on aurait 3 minutes pour lire un peu :-)

Je suis sortie de cette lecture toute chamboulée par une belle histoire d'amour, et aussi par cet aperçu de ce que notre société pourrait devenir sous peu si l'on commençait à mettre de côté notre éthique (c'est sûrement déjà le cas; on ne sait pas tout ce qui se trame dans sur notre dos!).

Voilà en tout cas un roman d'anticipation qui donne vraiment à réfléchir: Que sommes-nous? Que voulons-nous faire du temps qui nous est donné à vivre sur terre? Que voulons-nous être pour les autres? Dans quel monde voulons-nous vivre, et que pouvons nous faire pour y arriver? Comment résister à la perte de l'innocence et à la confrontation à la vie d'adulte? Et comment faire vivre la mémoire individuelle et collective?

J'ai encore l'impression étrange de flotter entre deux eaux, entre rêverie et nostalgie. Ce livre est assurément un petit bijou que je vous recommande vivement. Et j'aimerais beaucoup avoir votre avis dessus...

Sortie en salle le 2 mars 2011 de l'adaptation cinématographique de ce roman: "Never let me go"

Auprès de moi toujours, de Kazuo Ishiguro
Gallimard, Folio 4659, 2009