
La citation du mois
"Il faut accepter de ne pas savoir. Demain n'existe pas. Pense à maintenant!"
Frédéric Bihel
26 déc. 2009
"La sorcière de Venise" - Anne-Sophie Silvestre, 2009

13 sept. 2009
"2 pouces et demi" - Thomas Lavachery, 2009
Il sait que les alchimistes, en plus de chercher la Pierre Philosophale et l'Elixir de longue vie, ont réussi à créer la vie. Dans son laboratoire secret, il fait plusieurs tentatives peu concluantes, qui ont tout de même donné naissance à de toutes petites créatures appelées "ombres". Ces petites créatures sont grises, ne sont pas très futées, et n'ont ni nez, ni cheveux, ni nombril. Elles ne parlent pas, mais émettent de temps à autre des cris stridents d'oisillon affamé. Des êtres vivants qui ont tout d'animaux de compagnie, mais pas vraiment d'enfants.
Désespéré, Emmanuel entame un long périple jusqu'en Italie pour aller trouver un alchimiste renommé qui, espère-t-il, pourra l'aider à créer un homuncule, miniature d'être humain. Après de longs mois de processus compliqués, ils y parviennent enfin. La créature alchimique, l'enfant d'Emmanuel, s'appellera Gilles.
Gilles est extrêmement différent de ses "sœurs". Leur seul point commun: leur taille. Pas plus de deux pouces et demi (c'est à dire environ sept centimètres de haut). Contrairement à elles, il a tous les attributs d'un humain. Il est aussi doué de parole, est doté d'une intelligence extraordinaire. Il apprend très vite, aux côtés de son père, mais bientôt, l'élève dépasse le maître, et commence à s'ennuyer. Il se lasse aussi de ses sœurs, avec qui il ne peut pas réellement communiquer, à qui il ne peut transmettre son savoir. Avec la mort d'Emmanuel, il perd toute joie de vivre, et s'isole dans sa chambre souterraine, refusant même les visites de ses soeurs.
Le jour où l'une d'elles se fait dévorer sauvagement par feux frelons, Emmanuel sort de sa torpeur, et va courir au secours de celles qui restent, et découvrir en lui de nouveau sentiments. Il réapprend les sentiments, le bonheur des relations humaines, et sort de la solitude et de la dépression qui le rongeaient...
J'ai été très touchée par cette histoire entre rêve et réalité, fantastique mais pourtant si réelle! C'est réjouissant et ça se lit d'une traite! Ces petites créatures sont extrêmement attachantes; elles ressemblent aux créatures que l'on imagine la nuit, lorsque l'on est enfant, que l'on est persuadé d'entendre trottiner sous le lit une fois tout le monde couché, mais sans le côté "terreur nocturne".
L'ensemble donne une histoire très "visuelle", que l'on imagine sans peine adaptée dans les salles obscures par quelque grand studio d'animation.
2 pouces et demi, de Thomas Lavachery
Bayard Jeunesse, 2009
Collection Millézime
11 sept. 2009
"Les mille ruses du renard volant" - Jean-François Chabas, 2009

Lillian, jeune femme d'une vingtaine d'année, a un caractère bien trempé. Elle a un tempérament de feu, du répondant, et ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle vit avec sa mère Dorothy à Washington, tandis que son père est retourné vivre au Canada. Elle entretient avec lui des liens très forts.
Pour payer ses études, elle décide un jour de s'engager dans les US Marines, pensant qu'elle ferait un travail de bureaucrate. Mais au bout de six mois, elle est envoyée sur le front en Irak. L'enfer commence, avec la prise de conscience de ce qu'est réellement la guerre, bien loin de la version édulcorée livrée par les médias.
C'est le bordel. On ne sait plus qui tire sur qui, qui fait sauter des bombes chez qui. Il y a des centaines de milliers de civils irakiens qui ont été tués, ici. Je parle de femmes, d'enfants et de vieillards. Pas quelques milliers, et pas toujours par accident. C'est notre armée. L'armée de mon pays. C'est uen boucherie.
Lors d'un affrontement, Lillian reçoit un éclat de roquette dans le cou, qui reste fichée dans sa carotide un peu trop longtemps. Son cerveau, mal irrigué pendant trop longtemps, en subit des dégâts irrémédiables... Lillian renaît complètement désinhibée, avec l'innocence d'une enfant de 5 ans, une mémoire toute neuve, et une hyper-connexion avec la nature. Elle doit réapprendre ce qui faisait son quotidien.
Lorsque Waldo, son père, apprend cela, il vole au chevet de sa fille, et lutte ardemment contre son ex-femme qui veut placer leur fille en institution, car elle n'a pas le temps de s'en occuper correctement, et aussi parce que c'est un bon moyen de la soustraire à son père. Il ne veut pas que sa fille ne devienne pas un légume perfusé. Dorothy prend son acharnement comme prétexte pour le faire extrader et l'éloigner de sa fille.
Ce sont donc ici deux guerres absurdes qui se déroulent: la guerre barbare d'un pays contre un autre, et celle des parents qui se déchirent, pour l'amour de leur fille... C'est le combat d'un père pour retrouver et préserver ce qu'il a de plus cher au monde, la douleur d'une mère qui décide de ne plus lutter, faute de force (malgré les apparences).
Et c'est Lillian, cette femme-enfant, superbe dans sa candeur et sa redécouverte du monde. L'enfance retrouvée à l'âge adulte. Irait-on jusqu'à dire que c'est une chance?
Extraits:
Lillian déversait le contenu de seaux de mélange à base d'avoine dans les mangeoires des Trois Grâces. Son visage était illuminé par cette joie simple que je lui avais connue lorsqu'elle était petite fille, joie que, presque tous, nous perdons à jamais, à mesure que les années nous asservissent.
Le langage des corbeaux est tellement riche qu'en une vie entière d'observation, je n'en apprendrais presque rien. Normalement, la parade amoureuse se fait au sol, chez ces oiseaux. Mais sous le ballet des ailes noires se tenait ma fille Lillian, et c'était bien pour elle, assurément, que virevoltait le grand corbeau. Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui vouloir? Ma petite battait des mains, tendait ses bras vers le ciel, tournant sur elle-même. La joie faite femme.
A lire absolument...
Les milles ruses du renard volant, de Jean-François Chabas
Collection Feeling
Casterman, 2009
5 sept. 2009
C'est la rentrée !
Littérature adulte:
- Des bibliothèques pleines de fantômes, de Jacques Bonnet
- Où on va, Papa?, de Jean-Louis Fournier (Prix Femina 2008)
- Ouest, de François Vallejo
Littérature jeunesse:
- 35 kilos d'espoir, d'Anna Gavalda
- Beau fraisier, de Habib Tengour et illustré par Pascale Bougeault
- Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler, de Luis Sepulveda
- La gifle, de François David
- Le mystère du TGV 7777, de Jacqueline Remy
- Ali Boum Yé, de Benoît Kongbo
- La nuit des otages, de Guy Jimenes
- Naïra et les cavaliers noirs, de Sylvie Fournout
- Lisa a disparu, de Jo Hoestlandt
- Et moi dans tout ça?, de Heidi Dubos
- Les mille ruses du renard volant, de Jean-François Chabas.
Mes prochaines lectures (en vrac):
- La horde du Contrevent, de Alain Damasio
- Livres pillés, lectures surveillées: les bibliothèques françaises sous l'Occupation, de Martine Poulain
- 2 pouces & demi, de Thomas Lavachery
- Aziz, escalier D, appartement 27, de Marie Bataille
- Hallucinogène, de Lou Lubie
- Liberté surveillée, de Oisin McGann
- On s'est juste embrassés, de Isabelle Pandazopoulos
- Le récit d'une mort annoncée, de Anthony McGowan
7 juin 2009
"Dans sa peau" - Benoît Broyart, 2008

Comment il déteste ses parents qui sont devenus deux chômeurs ivrognes et ne s'occupent plus ni d'eux-mêmes ni de lui.
Comment un jour il a mis le feu plus ou moins accidentellement à la grange familiale. Il se dit que de toute façon, avant que ses parents sortent de leur léthargie et comprennent ce qu'il s'est passé, il sera déjà loin.
Ca m'a bouleversée... Ce jeune qui fuit littéralement sa vie, qui souffre dans sa chair de la déchéance de sa famille, qui veut tout être, tout sauf lui, tout vivre, tout sauf sa vie. Il a un vrai dédoublement de personnalité particulièrement déstabilisant, car on se demande comment il a pu en arriver à de tels extrêmes.
Et pourtant, au bout de tout ça, il y a quand même l'espoir, espoir du changement et du retour à la vie normale; comme quoi tout ne serait pas perdu.
3 juin 2009
"Zarbi" - Hélène Vignal, 2008

Zarbi, Hélène Vignal
Le Rouergue, 2008
DoAdo
2 juin 2009
"Embrasse moi" - Bart Moeyaert, 2009

L’intérêt n’est pas de chercher à deviner quels sont les secrets des personnages. Par ce roman, l’auteur nous rappelle qu’on a tous quelque chose à cacher, et que la force du secret c’est justement de savoir le préserver. C’est un texte vraiment étrange, captivant, ambigu, mystérieux. C’est aussi une belle leçon de vie qui nous rappelle de ne pas nous fier aux apparences, et d’oublier les stéréotypes qui sont véhiculés habituellement. La petite grosse n’est pas forcément débile, la garce est en réalité une jeune fille brisée, le timide est simplement réservé, mais sait l’ouvrir au bon moment, etc…
L'ambiance est vraiment particulière, poisseuse, mais captivante. Très fidèle à ce que l’on vit tous au moment de l’adolescence. Un bon roman à découvrir.
"De chaque côté des cîmes" - Claire Mazard, 2009

La tradition veut que la fille aînée de la famille se marie. C’est ce que fera Namkha, mais Dahoé voit les choses différemment. Elle refuse d’épouser un homme qu’elle n’a pas choisi, et ne veut pas devenir une simple nonne dans son village. Elle va braver la tradition, et réussir à convaincre son père de la laisser partir être nonne à Dharamsala auprès du Dalaï-Lama.
De chaque côté des cîmes, Claire Mazard
Collection Karactère(s)
Seuil Jeunesse, 2009
"N'importe où hors de ce monde"- Anne Percin, 2009

Finalement, anonymement elle distille des tracs militants (politiques) dans son lycée, et on commence à la remarquer. Elle va alors se faire des amis, et découvrir qu’elle n’est ni seule, ni folle. Juste un peu trop en avance pour son âge et incomprise de son entourage.
N'importe où hors de ce monde, Anne Percin
Collection Junior
Oskar Jeunesse, 2009
1 juin 2009
"Le village de l'allemand, ou le journal des frères Schiller" - Boualem Sansal, 2008
31 mai 2009
"Antigone" - Jean Anouilh, 1944

Présentée sous l'Occupation, en 1944, l'Antigone d'Anouilh met en scène l'absolu d'un personnage en révolte face au pouvoir, à l'injustice et à la médiocrité.
Son histoire, la voici.
Antigone, fille du Roi Oedipe et de la Reine Jocaste, a deux frères, Ectéocle et Polynice, et une soeur, Ismène. A la mort de leur père, ce sont les deux fils qui héritent du trône, et il est décidé qu'ils règneraient sur Thèbes un an chacun en alternance.
Mais lorsque Polynice revient pour prendre la succesion de son frère sur le trône, Etéocle la lui refuse. Polynice lève alors une armée pour reprendre le pouvoir de force, et les deux frères finissent par s'entretuer. Créon, leur oncle (et frère de Jocaste) devient alors roi de Thèbes.
Estimant que Polynice, par ses actes, est un traître à son peuple, il offre des funérailles de roi à Etéocle, tandis qu'il laisse le cadavre de Polynice sans pleurs et sans sépulture, en proie aux corbeaux et aux chacals; toute personne qui osera lui rendre les devoirs funèbres sera immédiatement puni de mort.
Mais Antigone s'oppose à cela et décide d'aller enterrer son frère. Elle tente de joindre à sa cause Ismène, mais celle-ci redoute trop la colère du roi, et préfère s'abstenir. Rien, pourtant, pas même l'amour d'Hémon (fils de Créon), ne fera faillir Antigone. Alors, à deux reprises, elle brave la surveillance du roi pour aller ensevelir son frère. Immanquablement, elle se fait attraper par les gardes qui la mènent à Créon.
Celui-ci, ayant tout de même de l'affection pour sa nièce, tente de la raisonner et de lui accorder sa pitié, mais Antigone, toute entière et determinée qu'elle est, s'entête. Créon la fait alors enterrer vivante. Hémon, de chagrin, descend dans la fosse avec elle, et regardant son père droit dans les yeux, s'enfonce une lame dans le ventre, et se meurt contre sa bien-aimée.
La pièce s'ouvre sur un prologue magistral qui est indispensable pour la compréhension des évènements et du destin des personnages. Dès lors, toutes les bases de la tragédie qui s'annonce sont jetées, et alors la tragédie est déjà là. On sait les personnages prisonniers de leur destin, la lecture de la pièce nous donnera juste le comment. Anouilh le dit lui-même très justement:
"Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n'a plus qu'à se dérouler tout seul. C'est cela qui est commode dans la tragédie, on donne le petit coup de pouce pour que cela démarre, rien [...]. C'est tout. Après on n'a plus qu'à laisser faire. [...] Dans la tragédie, on est tranquille. D'abord, on est entre soi. On est tous innocents, en somme! Ce n'est pas parce qu'il y en a un qui tue et l'autre qui est tué. C'est une question de distribution. Et puis, surtout, c'est reposant la tragédie, parce qu'on sait qu'il n'y a plus d'espoir, le sale espoir. [...] Dans le drame, on se débat parce qu'on espère en sortir. C'est ignoble, c'est utilitaire. Là, c'est gratuit. C'est pour les rois. Et il n'y a plus rien à tenter, enfin!" (pp. 53-54)
Antigone, Jean Anouilh
La Table Ronde, 1946
[Pièce en 1 acte]
15 mai 2009
"Disparu à jamais" - Harlan Coben, 2002

Tous ces ingrédients font de "Disparu à jamais" un thriller palpitant. Lu en quelques jours, je n'en ai décroché que pour dormir ou travailler! Cela faisait longtemps que je n'avais pas plongé dans une aventure qui me fasse oublier le cours du temps! Cette histoire s'avale, se dévore avec une facilité déconcertante...
Les personnages sont bruts; ce sont des héros avec de vraies personnalités, des histoires torturées, de vieilles cicatrices qui peinent à se refermer; ils sont taraudés par des questions existentielles comme nous le sommes tous.
Ils sont faillibles, pleurent, rient, aiment, haïssent, doutent, et ce en toute sincérité. Nous pourrions (presque) être eux... Nous allons de découverte en découverte, et l'on passe par toutes les émotions, du doute à l'angoisse, des frissons à la stupeur, en passant par le dégoût et la fascination de la perversion.
L'histoire va crescendo, avance graduellement au fil des révélations, et se termine en apothéose. Les personnages doivent se retourner pour avancer, mais pour le lecteur, plus il avance dans l'histoire, plus ça lui retourne le cerveau!
L'auteur se joue de son lecteur, lui fait passer pour vraies les pires inepties, et ce qui est fou, c'est que l'on y croit! A 200%! On veut y croire, car l'histoire nous plaît comme cela. Nous nous montons notre propre scénario, notre version de l'histoire parce que l'auteur le veut ainsi. Et dès qu'il sent que l'on est à point, hop, d'une page tournée il renverse la situation, réussit à nous faire vaciller, à remettre en cause jusqu'aux doutes que l'on pouvait avoir. Du travail de maître!
Pas étonnant que son roman Ne le dis à personne ait été adapté au cinéma avec un tel succès. Harlan Coben a vraiment une plume de qualité - malheureusement mise à mal par une bien piètre traduction; défenseurs du passé simple, rebellez-vous! - et cela vaut vraiment le coup de prendre quelques heures pour la découvrir.
Je terminerai enfin sur ces quelques mots:
"Un livre est un engrenage. Prenez garde à ces lignes noires sur le papier blanc; ce sont des forces; elles se combinent, se composent, se décomposent, entrent l'une dans l'autre, pivotent l'une sur l'autre, se dévident, se nouent, s'accouplent, travaillent. Telle ligne mord, telle ligne serre et presse, telle ligne entraîne, telle ligne subjugue. Les idées sont un rouage. Vous vous sentez tiré par le livre. Il ne vous lâchera qu'après avoir donné une façon à votre esprit. Quelques fois, les lecteurs sortent du livre tout à fait transformés."
Victor Hugo [1802 - 1885]
Disparu à jamais, Harlan Coben
Pocket, 2002
20 avr. 2009
Edgar Allan Poe

Elles en ont en fait plusieurs, d’intérêts : autant que de niveaux de lecture, multiples, complexes et torturés, comme Poe lui-même l’était. Mais commençons par le plus frappant : le caractère « horrifique » de l’œuvre de Poe. Le genre « gothique » était à la mode à l’époque, et s’il est probable que c’est à cause de cette mode que Poe a choisi d’écrire dans ce style (après une carrière avortée de poète), il n’en est pas moins vrai qu’il y excellait.
Le spectre de la maladie dans « Le Masque de la Mort Rouge », l’horreur du meurtre absurde dans « Le Chat Noir » ou encore l’angoisse face aux éléments déchainés dans « Une Descente dans le Maelström » en sont autant d’exemples. Cependant, « La Chute de la maison Usher » est peut-être la nouvelle la plus connue et la plus emblématique de toutes : on y découvre un narrateur anonyme se rendant chez son ami souffrant Roderick Usher, qu’il n’a pas vu depuis de nombreuses années, avec pour décor à cette aventure un manoir creusé de lézardes, couvert de lierre et bordé par un marécage boueux et inquiétant. De manière étonnante, l’ami du narrateur lui apprend qu’il possède une sœur jumelle et dans le courant du séjour, celle-ci vient à mourir. C’est tout naturellement qu’ils vont par la suite l’enterrer tous les deux dans le caveau familial. Seulement, comme souvent chez Poe, la tombe ne se révélera pas être un rempart suffisant pour protéger les personnages de l’horreur, et la sœur de Roderick en sortira pour donner une dernière et mortelle étreinte à son frère.
Des morts qui reviennent de leur tombe ? Un vieux manoir presque en ruines, dans un paysage inquiétant ? Tout cela semble affreusement banal pour une nouvelle « gothique ». Et qui plus est, celle-ci est remplie d’incohérences : le meilleur ami de Roderick ne connait pas l’existence de sa sœur jumelle ? Il serait tentant d’attribuer les défauts de ces nouvelles à un genre encore balbutiant dans les Etats-Unis de l’époque. Mais non, Edgar Poe était un auteur suffisamment conscient de son écriture pour ne pas se permettre ce genre d’erreur : quand on expose dans un essai l’importance de « l’unité d’effet », selon laquelle tous les mots d’une œuvre doivent tendre vers un même but, on ne se permet pas d’incohérences. Ce principe de « l’unité d’effet » est le fond véritable des nouvelles de Poe, et non pas l’intrigue. Dans « La Chute de la Maison Usher », le but poursuivi est la peur de l’anéantissement, de la mort, du néant, et la tension nerveuse en résultant nous accompagne bien après la dernière ligne. C’est par de subtils jeux de mots que Poe instaure le malaise (la maison Usher, est-ce le bâtiment qui s’effondre ? La lignée qui s’éteint avec la mort de Roderick et sa sœur ?...) et ce qui semble être des défauts formels s’efface devant le ressenti puissant que provoquent ses écrits.
Le goût des jeux de mots et d’idées, Poe l’exprime dans des histoires bien différentes de celles que l’on vient d’évoquer. A l’horreur, Poe oppose la raison : le personnage symbolique de cette raison chez Poe, c’est Auguste Dupin, le premier grand détective de la littérature, celui qui inspira entre autres Arthur Conan Doyle pour la création de Sherlock Holmes. Dans un Paris à la géographie fantaisiste (une autre preuve du fait que tous les détails n’avaient pas leur importance pour Poe), Dupin et un narrateur qui lui sert de faire-valoir résolvent des énigmes que la police est bien en peine de comprendre. Ces énigmes sont aussi capillotractées que les histoires « gothiques » étaient peu probables : dans « Le double assassinat de la Rue Morgue », Poe va jusqu’à faire découvrir à Dupin un indice qui est un clou. Or comment dit-on un indice en anglais ? « A clue ».
Encore une fois, l’intérêt majeur ne réside pas dans l’intrigue : une lecture un peu approfondie amène à penser que si Dupin résout toutes ces énigmes avec autant d’aisance, peut-être en est il le responsable ? Ou peut-être a-t-il simplement tout inventé ? Un demi-siècle avant Freud, Poe pressent la pulsion de mort, le subconscient… là où ses contemporains écrivent sur la frontière sans cesse repoussée du Far West, Poe, lui, repousse les frontières de l’esprit. Comme disait Baudelaire, Poe, « c’est l’écrivain des nerfs. »
Edgar Allan Poe s’avère donc être un auteur très riche dont l’œuvre possède de nombreux degrés de lecture. Une vie difficile l’a doté d’une ironie mordante, que l’on peut déceler dans tous ses écrits : romans, nouvelles ou critiques. Cependant, son ironie n’était pas celle d’un misanthrope : un sens de l’observation aiguisé lui permit d’explorer les tréfonds l’âme humaine, découvrant parfois ce qu’il n’aurait préféré jamais découvrir, et c’est ainsi que ses œuvres n’ont rien perdu de leur force. Poe, c’est avant tout l’écrivain d’une peur fondamentale, et qui nous poursuit encore : celle de la mort.
21 févr. 2009
"La nuit des temps" - René Barjavel, 2005

Tout le monde connait?! Assurément..
Je vais tenter de résister à l'envie de vous en faire l'esquisse, même lointaine, tant le plaisir de l'intrigue est grand et la plume "légère" de sens..
Simplement en deux mots:
Une expédition polaire détecte un ensemble de ruines enfouies sous plus de 1000 mètres de glace. Elles y seraient depuis 900 000 ans. Jusqu'ici rien de bien surprenant, mais un signal en provenance de ces ruines leur confère une aura mystérieuse..
Commence alors une épopée dont vous vous souviendrez à n'en pas douter !
Eléa et Paikan sont deux êtres que lie un amour éthéré et intemporel. Avatar des couples maudits tels Tristan et Yseult ou Roméo et Juliette, ils rejaillissent d'une sorte "d'anticipation passéiste", un maelström temporel en somme, où tout a déjà eu lieu et où tout recommencera, un âge d'or de l'humanité prisonnier des griffes de l'ouroboros !
Lorsque les yeux d'Eléa s'ouvrent sur ce qui est censé être un nouveau monde, elle comprend vite que les choses n'ont guère changé.
Certaines constantes intrinsèques de l'humain se perpétuent encore:
L'amour bien entendu, mais également la libido sciendi et le désir latent de posséder et de dominer "l'autre" qui en découle trop souvent.
Ce drame universel et presque intemporel nous invite à tirer des enseignements de notre histoire avec un grand H, notamment sur notre façon de vivre les uns avec les autres. Il date de 1968 et marquait déjà la nécessité de ré-inventer, mieux de ré-enchanter le monde !!
La nuit des temps, René Barjavel
Pocket, 2005
20 févr. 2009
"La fin du monde" - Tirabosco et Wazem, 2008

Qui est cette jeune fille aussi étrangère aux autres qu’à elle-même?
Et pourquoi la pluie tombe-t-elle comme un ultime déluge annonciateur de la fin?
Vous êtes invités à déambuler dans cette histoire crépusculaire, entre rêves et réalité, dans une atmosphère nocturne rendue délicatement somptueuse par les tons noirs et blancs saupoudrés de légères touches bleutées. C’est un voyage onirique dont vous ressortirez sans doute troublé, un frisson d’étrangeté et de beauté indicible jusqu’ au bout des doigts.
Un plaisir pour l'âme et les yeux !
La fin du monde - Tirabosco et Wazem
Futuropolis, 2008
31 janv. 2009
"Millenium - T.1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" - Trilogie de Stieg Larsson, 2006

Aidé par Lisbeth Salander, une jeune femme perturbée et asociale mais cependant très intelligente et fouineuse hors pair, il replonge sans trop d'espoir dans le dossier mille fois examiné, jusqu'au jour où une intuition tenace lui fait reprendre un dossier...
Car ce qui s'est passé est bien pire que ce que vous pouvez imaginer. Et ce qui est pire que tout, c'est que Stieg Larsson, pour les crimes qu'il décrit (des meurtres et une scène de viol très dure, notamment) s'est inspiré de faits divers réels. Et je vous assure que quand vous savez ça, quand vous savez que des femmes ont réellement subi les horreurs qui sont décrites, je vous assure que le livre prend une autre ampleur.
A suivre...
Les hommes qui n'aimaient pas les femmes - Millenium T.1, Stieg Larsson
Collection Actes Noirs
Actes Sud, 2006