La citation de la semaine

"Lire donne l'occasion très tôt d'aménager sa solitude intérieure. Elle devient alors source de plaisir, de bonheur, de richesse, au lieu d'être vécue comme un cachot, un malheur, une pénitence. Aucun autre instrument éducatif, télévision, conférences, jeux, ne saurait la remplacer, car il n'y a que la lecture où l'on soit seul. Un enfant sachant tirer parti de sa solitude s’accommodera de tout."

Madeleine Chapsal

11 avr. 2013

"La décision" - Isabelle Pandazopoulos, 2013

Un matin, Louise Beaulieu - brillante lycéenne de 18 ans - se précipite dans les toilettes du lycée. Du sang coule de sous la porte. Lorsque les pompiers interviennent, ils trouvent la jeune femme sans connaissance, un nourrisson sur le ventre. C'est l'incompréhension totale: Louise a fait un déni de grossesse, et accouché seule, dans les toilettes de son lycée.

En état de choc, elle est hospitalisée et prise en charge psychologiquement, mais elle continue d'affirmer avec ferveur qu'elle n'a jamais fait l'amour, et que tout ce qui arrive est absolument impossible. Evidemment, personne ne la croit, puisque pour faire un enfant, il faut être deux. Et pourtant...

Petit à petit, insidieusement, obstinément, le doute s'insinue. Louise, qui a perdu la mémoire, doit bien se rendre à l'évidence. Si elle a effectivement accouché de cet enfant, c'est qu'elle était enceinte, donc puisqu'elle n'a pas choisi de faire l'amour, c'est qu'elle a été violée. Et forcément par quelqu'un qui lui est proche. Un ami... 

La vérité s'impose, implacable.

Dans un cas comme le sien, la femme a deux mois pour choisir entre deux options: accepter l'enfant et l'assumer, ou bien le confier à l'adoption. Le premier réflexe de Louise est de s'éloigner à tout prix de cette progéniture qu'elle refuse. Puis, ne supportant plus le secret, elle quitte sa famille, et part s'installer avec l'enfant dans un centre d'accueil maternel, pour les mères adolescentes. Elle n'a pas encore pris sa décision, et met toutes les chances de son côté afin de n'avoir aucun regret. Mais elle a beau essayer, rien ne se passe. Pas de déclic. Elle ne sera pas la mère de cet enfant...


Après "On s'est juste embrassés", voici donc le deuxième roman d'Isabelle Pandazopoulos, qui a un talent incontestable pour l'écriture. J'ai été absolument bouleversée par ce livre; en fait à la fois bouleversée et fascinée par ma totale incompréhension de ce phénomène psychologique. Et à nouveau étonnée et terrifiée par la puissance de notre inconscient, par les barrières qu'il est capable de mettre pour nous empêcher de sombrer. 

Même si ce livre - très bien documenté au demeurant - n'apporte pas d'explication concrète (si ce n'est l'origine du trauma, un viol sous GHB), il a au moins le mérite d'alerter et d'informer. Car c'est un sujet absolument tabou, que l'on associe volontiers (merci les media...) aux mères infanticides qui congèlent leurs bébés, alors que c'est malheureusement bien plus complexe et répandu que cela.

Inutile de dire que dans la littérature, ça n'a pas dû être abordé souvent, et encore moins en littérature jeunesse. Malgré le thème vraiment dur, ça n'en est pas moins un gros coup de coeur. A conseiller à tout le monde à partir de 14-15 ans.


La décision, d'Isabelle Pandazopoulos
Collection Scripto
Gallimard, 2013

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