La citation de la semaine

"Lire donne l'occasion très tôt d'aménager sa solitude intérieure. Elle devient alors source de plaisir, de bonheur, de richesse, au lieu d'être vécue comme un cachot, un malheur, une pénitence. Aucun autre instrument éducatif, télévision, conférences, jeux, ne saurait la remplacer, car il n'y a que la lecture où l'on soit seul. Un enfant sachant tirer parti de sa solitude s’accommodera de tout."

Madeleine Chapsal

20 oct. 2013

"Ma réputation" - Gaël Aymon, 2013


Laura a 15 ans, et vient de rentrer au lycée. Elle a toujours préféré la compagnie des garçons, car les filles de son âge l'insupportent. Partager des potins, et les derniers ragots ne l'intéresse pas; elle a horreur de ces filles superficielles. Alors elle traîne avec ses 3 copains, et tout se passe très bien. 

Bien sûr, les autres filles sont un peu jalouses; alors elles racontent qu'elle sort avec l'un ou l'autre, bref, que c'est un peu une allumeuse. Laura ça l'amuse, alors elle laisse dire, sans contredire. Pourquoi se justifier alors qu'elle sait qu'il n'y a aucune ambiguïté entre les garçons et elle? Elle n'est qu'un pote de plus dans leur bande. Jusqu'au jour où Sofiane, un de ses meilleurs copains, essaye de l'embrasser, et qu'elle le repousse. A partir de là, la descente aux enfers commence... 

Ses soi-disant "copains" l'ignorent soigneusement, ne lui gardent plus sa place en cours, ne mangent plus avec elle, l'envoient "se trouver des copines". Elle entend rire sur son passage, surprend des échanges de textos sous les tables. Même les profs ont bien remarqué que quelque chose à changé. Petit à petit elle s'isole, fait le dos rond en attendant que passe la tempête. Et puis tout s'accélère. Dans son sillage, elle entend les mots "pute", "salope". Des mots comme des coups de poignard. 

Finalement, la photo, placardée sur son casier, balancée sur Facebook, et sur un site porno avec son nom et son prénom. Les élèves ont trouvé un nouveau bouc-émissaire, et ne sont pas prêt à le lâcher de sitôt; au moins pendant ce temps-là, ils ne sont pas la cible... C'est un déchaînement d'insanités, de commentaires salaces, voire carrément dégueulasses. Une meute de chiens affamés lancés sur le même os. Une vraie curée.


Ce livre est très fort et essentiel, pour briser le silence qui entoure le harcèlement scolaire.  Avec le tout-accès à internet, le phénomène prend une ampleur non maîtrisable. Les jeunes utilisent Facebook, inconscients des risques et des dérives possibles. Un conflit d'ordre privé entre deux personnes est étalé sur la place publique, et chacun y va de son commentaire. Ou pas d'ailleurs. Tous sont coupables: le harceleur et les témoins, ceux qui encouragent, et ceux qui se taisent. Ils peuvent être punis par la loi d'un an d'emprisonnement et 15000€ d'amende.

J'invite tous les profs, parents et ados à partir de 12-13 ans à lire ce livre (je l'ai fini en 1h30), et à se renseigner sur ce qu'est le harcèlement (cliquez simplement sur la couverture du livre). 

Et surtout, ne vous taisez pas.


Ma réputation, de Gaël Aymon
Collection Romans Ado
Actes Sud Junior, 2013

22 mai 2013

"Le Visiteur" - Iching Hung, 2013

"Le Visiteur" est un magnifique album très graphique réalisé par la taïwanaise Iching Hung. 

On suit le chemin de cette petite créature tout en rondeurs, qui se déplace, sort de sa bulle, va à la rencontre des autres créatures qu'elle croise. Les couleurs sont éclatantes, les formes intrigantes, et l'absence de texte éloquente  :-) 

On ne sait pas où l'on se trouve: dans l'infiniment petit? dans l'infiniment grand? dans la mer?

Ce que j'aime, avec les albums sans texte, c'est que chacun se crée sa propre histoire, avec ce qu'il comprend des illustrations, et l'interprète aussi par rapport à son vécu. Un enfant de 4 ans n'y verra pas la même chose qu'une jeune femme de 30 ans, ou d'un grand-père de 75 ans.

De cette façon, l'auteure souhaitait relater l'histoire d'un voyage qu'elle a fait en Australie; bien qu'étant adulte, c'était la première fois qu'elle partait à l'étranger, elle parlait très peu l'anglais. Et cette petite créature, c'était elle, allant à la rencontre des autres, ballottée à droite à gauche, malgré la barrière de la langue.

Moi, qui suit d'une autre nationalité, d'une autre culture, et pourtant à peu près du même âge, j'y ai vu la course à la Vie, aventure utérine d'un spermatozoïde fonçant vers l'inconnu, guidé par les millions de petits cils vers l'énorme ovule qui l'attend. Pour moi, c'était une évidence. Mais j'ai peut-être beaucoup d'imagination!

Quant à mon amoureux, lui, il y a vu une apologie de la curiosité; un petit être triste sortant du néant pour aller vers un monde éclatant de couleurs. Il a remarqué que les "personnages" changent après avoir été en contact les uns avec les autres. Et aussi comme si le petit être attirait la curiosité des autres, et que tous leurs gros yeux étaient tournés vers lui.

Comme quoi, toutes les interprétations sont possibles; il n'y a pas une histoire, mais autant qu'il y a de lecteurs! 

Et vous, qu'en avez-vous compris??



Le Visiteur, de Iching Hung
HongFei, 2013

"J'aime pas ma petite soeur / Je veux être la grande" - Sébastien Joanniez, 2013














Boomerang est une collection de courts romans recto-verso. Pile ou face? Le lecteur choisit par quel côté il souhaite commencer. Les histoires sont toujours liées; 1 situation, 2 points de vue.

Ici, ce sont deux soeurs qui parlent l'une de l'autre. La grande n'en peut plus de cette petite peste qui se croit tout permis, qui ne fait que des bêtises et qui ne se fait jamais disputer, alors qu'elle, en tant qu'aînée, doit toujours être celle qui montre l'exemple, fait des efforts, et qui est pourtant celle que l'on punit.

La petite, en revanche, est vraiment petite, et ses pensées passent du coq à l'âne. Elle est "un peu" énervée: un point d'exclamation à chaque phrase! Elle nous rappelle bien combien sa grande soeur a de la chance de l'avoir, et combien surtout elle ne veut jamais lui ressembler.

Si l'on sent, malgré tout l'agacement, l'amour de la grande pour la petite (voire même un début d'acceptation de la situation et du rôle d'aîné), chez la petite, on n'en voit pas trace. Elle est hargneuse, et revancharde; elle cherche des limites qu'on ne lui donne pas. 

Les deux textes sont durs, aussi durs que les jugements que l'on peut se porter dans une famille. Celle-ci est une scène sur laquelle chacun, tout en restant lui-même, a un rôle à jouer. La tolérance et le respect peuvent s'apprendre dès petit, et les limites doivent être claires. Bref, un bon petit roman x2 à  lire en famille, et à discuter! 

A partir de 8 ans.



J'aime pas ma petite soeur / Je veux être la grande!, de Sébastien Joanniez
Collection Boomerang
Le Rouergue, 2013

"Dans le noir" - John Rocco, 2013

Cet album fait partie de la sélection Caldecott, qui récompense les meilleurs ouvrages pour la jeunesse outre-Atlantique. Les éditions du Genévrier s'attachent à publier en France les meilleurs d'entre eux, en respectant au mieux l'édition originale (illustrations, format, mise en page).

Le titre original de celui-ci est "Black Out", bien plus évocateur que "Dans le noir".

On y rencontre une famille, un soir: chacun est dans sa pièce, qui sur son ordinateur, qui au téléphone, qui devant la télé. La petite dernière, elle, voudrait bien faire un jeu de société, mais personne n'a de temps pour elle. 

Lorsque soudain, toutes les lumières de la ville s'éteignent. Black out total.

Pour avoir moins peur du noir, ils se retrouvent tous les quatre sur le toit de l'immeuble, à la clarté des étoiles, et passent finalement un bon moment en famille. L'occasion pour eux de s'apercevoir qu'on est mieux ensemble que chacun dans son coin.

Ca fait du bien de se poser deux secondes et de réfléchir à la façon dont on se comporte dans nos foyers, avec nos enfants. Combien de fois on leur dit "Pas maintenant. Je jouerai avec toi demain, promis". On dit ça en espérant que ça leur passera, et finalement c'est nous, adultes, qui avons la mémoire courte... Et quand on promet à un enfant, il faut tenir sa promesse. 

Bref, le moments familiaux sont importants, tous autour d'une table à faire des activités en commun. Et ce livre en est une belle illustration.



Dans le noir, John Rocco
Collection Caldecott
Le Genévrier, 2013

20 mai 2013

"Maître des Brumes" - Tomi Ungerer, 2013

L'histoire se passe sur les eaux mystérieuses irlandaises. Deux enfants partent se promener en barque, mais se retrouvent emportés par le courant et s'échouent sur l'île des Brumes (sur laquelle ils avaient évidemment interdiction d'aller). La légende dit que tous ceux qui s'y sont perdus n'en sont jamais revenus.
Ils y font la connaissance du Maître des Brumes, bien plus sympa que ce qu'on dit! qui leur offre le gîte et le couvert. A leur réveil, tout (ou presque) a disparu. Etait-ce un rêve? De retour à la maison, personne ne les croit, mais eux savent bien ce qu'ils ont vu...


Ce nouvel album de Tomi Ungerer n'est à mon avis pas son meilleur, bien que les illustrations soient splendides. Je lui préfère largement "Le Géant de Zéralda" ou encore "Les Trois Brigands".

Je suis un peu restée sur ma faim. Le mystère est bien amené, mais j'ai trouvé ça trop court. Je pense que l'histoire aurait pu être davantage développée, tout en restant accessible à des 5 ans.


Maître des Brumes, de Tomi Ungerer
L'Ecole des Loisirs, 2013

"Même les tigres dorment" - Mary Logue, 2013

"Est-ce que tout le monde dort, même les animaux?" demande la petite fille qui n'a pas sommeil. Ses parents lui expliquent alors que oui, chaque animal dort, à sa façon: roulé en boule, dans un nid, étendu auprès du feu, à l'ombre d'un arbre...

Petit à petit l'enfant se couche, se laisse porter par toutes ces belles images, et crée à son tour son propre rituel du coucher, s'abandonnant aux rêveries éveillées, et finissant par s'endormir profondément.


J'ai trouvé cette histoire fabuleuse car elle n'est pas moralisatrice ni autoritaire. Au contraire, elle va dans le sens de l'enfant, et est un véritable accompagnement en douceur pour l'heure du coucher. L'auteure a su trouver les mots justes, les mots doux qui se chuchotent à la clarté d'une porte entrouverte... Même le rythme des phrases se calme, ralentit, et tranquillement, le sommeil prend le pas sur la veille. 

J'ai comme l'impression que ça marche aussi pour les parents ;-)


Même les tigres dorment, de Mary Logue
Collection Albums
Circonflexe, 2013

"La fille mirage' - Elise Broach, 2013

Trois ados sur la route des vacances traversent les paysages désertiques du Nouveau-Mexique pour aller retrouver leur père. A l'arrière de la voiture, il y a Lucy, 14 ans; son frère Jamie est au volant, flanqué de son meilleur ami, le très beau mais insupportable Kit.

La nuit tombe, un violent orage éclate. Sous les rideaux de pluie, la visibilité est nulle, et leur vitesse trop élevée. Soudain, ils percutent quelque chose. Persuadés que c'est un coyote, ils s'apprêtent à poursuivre leur chemin. Mais Lucy insiste pour qu'ils fassent demi-tour, pour voir, pour être sûrs. C'est alors qu'ils découvrent sur le bas-côté une jeune fille, morte.

Le choc est terrible pour les trois jeunes. La stupéfaction passée, ils sont pris dans l'engrenage: prévenir les voisins, appeler les secours, la police. Et l'enquête commence. Très affectée, Lucy tient à connaître la vérité et mène une petite enquête, à sa manière.


Sa culpabilité est terrible et pourtant, on ne peut que la comprendre. Aurait-on fait mieux à sa place? Aurait-on réagi autrement? Elle fonce tête baissée pour comprendre ce qui est arrivé, avec toute l'inconscience de son jeune âge. Elle aurait pu y laisser des plumes, mais s'en sort plutôt bien, au final.

Amitié, amour naissant, passage à l'âge adulte et mystère sont finalement les ingrédients de ce roman. On commence avec un road-trip "normal", où les grands embêtent un peu la petite soeur, et très vite, ça tourne au huis-clos étouffant (cerné par les grands espaces). 

C'est un roman qui fonctionne bien et se lit facilement. Les relations garçons-filles sont joliment traitées; on y parcours les méandres des esprits adolescents, les conflits intérieurs, les priorités parfois étranges... Tout fait très authentique et on se laisse vraiment surprendre.



La fille mirage, de Elise Broach
Collection DoAdo Noir
Le Rouergue, 2013

6 mai 2013

"Bou et les trois zours" - Elsa Valentin & Ilya Green, 2008

Comment parler de ce conte? C'est un véritable ovni qui m'a littéralement scotchée dès la première lecture... 

J'ai tout d'abord découvert pour la première fois le travail d'illustration d'Ilya Green, tout en finesse, en jolies couleurs, et en détails amusants.
Et puis vient le texte d'Elsa Valentin, construit en randonnée comme le conte original (Boucle d'or et les trois ours), mais avec un choix de mots tout à fait extravagant, mêlant habilement les consonances françaises, anglaises, et italiennes; et le plus souvent une belle collection de mots-valises et de néologismes, toujours très poétiques.

Quoi de mieux, pour vous expliquer plus clairement de quoi il s'agit, que de vous donner l'extrait qui ouvre l'histoire:

"L'était une fois une petite Bou qui livait dans la forest avec sa maïe et son païe. Un jour elle partit caminer dans la forest pour groupir des flores.
- Petite Bou, ne t'élonge pas troppe, lui dirent sa maïe et son païe.
- Dakodak, respondit Bou."

Et un autre, qui vous rappellera certainement le conte original:

"Kik'a gousté ma sop? s'excrilla Grantours. Kik'a gousté ma sop? s'excrilla à son tour Mediours. Kik'a glouglouté toute ma sop? pleurnicha Chtitours."

Voilà donc une histoire très intéressante à tous points de vue, à lire à la maison, en heure du conte à la bibliothèque, ou en classe; une seule chose: la lecture à voix haute est obligatoire la première fois!

Pour l'anecdote: un jour où je la lisais à l'Heure du Conte, je demande aux enfants ce qu'ils en ont pensé, et s'ils ont tout compris. Sans hésiter, ils me répondent: "Ben les mots ils sont bizarres, mais ils sont jolis, et on a tout compris!"

A découvrir également, "Ti Poucet", version moderne du Petit Poucet, et également illustré par Ilya Green.



Bou et les trois zours, Elsa Valentin & Ilya Green
L'Atelier du Poisson Soluble, 2008

"Les Paul-Cézanne du 9-3" - Rolande Causse, 2013

 Quinze ados de Bondy (93) ont la chance, grâce à la mairie, de partir en vacances un mois d'été au bord de la Méditerranée, sur un terrain prêté par un vieux monsieur. Un après-midi, ils décident d'aller rendre visite au vieil homme. A peine arrivés, celui-ci leur raconte ses souvenirs de jeune homme et leur parle de peinture. Il a chez lui un vrai Cézanne, et les jeunes tombent instantanément sous le charme du tableau.
Une véritable amitié se noue alors entre les ados et le vieil homme, qui partage avec eux un peu de sa sagesse et les incite à voir le monde différemment.


Comme l'indique le nom de la collection, un texte court (40 pages), mais qui m'a laissée sur ma faim. L'amitié entre les jeunes et le vieux, et le nouvel intérêt pour la peinture ont été à mon avis trop survolés pour que l'histoire ait un véritable intérêt. Avec un titre pareil, je m'attendais à ce qu'un des jeunes se découvre un don pour la peinture, et qu'il sorte de sa condition de cette façon. Mais non, rien de rien.

Autre chose qui m'a dérangée: quand les jeunes de Bondy menacent la petite buraliste de la blesser avec un couteau pour avoir un paquet de clopes gratuit, ils s'en sortent avec une tape sur la main et une privation de sortie. Alors j'ai beau travailler en banlieue, je suis peut-être en dehors des réalités, mais j'ai trouvé ça un peu facile...

Bref, je n'ai pas été convaincue!


Les Paul-Cézanne du 9-3, Rolande Causse
Collection Court Métrage
Oskar, 2013

11 avr. 2013

"Graffiti Moon" - Cath Crowley, 2013

L'histoire se passe en Australie, dans une ville dont les murs sont couverts de graffitis et de poèmes, tous plus beaux les uns que les autres. On y voit le ciel à perte de vue, des oiseaux prisonniers du béton, de la pelouse qui pousse du coeur d'un garçon, et une jeune fille s'apprêtant à y passer la tondeuse, on encore une fille dont la peau est une carte routière, et un garçon resté en rade au bord de la route... Rien de "conventionnel", rien qu'on ait l'habitude de voir.

Les graffeurs sont "l'Ombre" et "le Poète", mais à part quelques rares amis, personne ne sait qui se cache derrière ces pseudonymes. L'Ombre a abandonné le lycée deux ans auparavant, et le Poète est son meilleur ami. L'un est doué pour le dessin mais sait à peine lire; l'autre, c'est exactement l'inverse. C'est pour cela qu'ils se complètent si parfaitement.

Lucy, 18 ans, artiste elle aussi (elle souffle le verre), est obsédée par l'Ombre, et parcourt les rues à vélo la nuit dans l'espoir de le débusquer. Elle se dit que quelqu'un qui peint de si belles choses est forcément quelqu'un dont elle pourrait tomber amoureuse... 
Elle a entendu dire qu'il est "jeune et débraillé". Peut-être le connaît-elle déjà? Serait-ce un camarade de lycée, quelqu'un qu'elle fréquente tous les jours? Dans ce cas, saura-t-elle le reconnaître? Elle se trouve devant un océan de possibilités, et essaye de ne pas s'y noyer.


Ah, pour une fois, un livre qui traite d'art et de poésie, et qui n'est pas ennuyeux! Le roman se déroule sur une journée et une nuit, exactement le temps qu'il faut pour le lire!

Je me suis laissée totalement happer par ce roman majestueux, dévoré en une nuit. J'ai eu 18 ans à nouveau, j'ai revécu l'excitation du premier amour, de ce "peut-être" juste avant le premier baiser, de la moindre parcelle de peau électrisée par l'attente...

Et puis j'ai rêvé, aussi; j'ai vu les graffitis comme si j'y étais, j'ai vogué au gré des métaphores. Bref, j'ai aimé, j'ai eu peur, j'ai été grisée par la nuit, par l'interdit, j'ai voyagé, j'ai été Lucy pendant quelques heures magiques...


Graffiti Moon, de Cath Crowley
Collection Wiz
Albin Michel, 2013

"A la folie" - Birgitte Lorentzen, 2013

Chaque nuit, Luisa fait des cauchemars, et rêve d'une petite fille qui l'appelle à l'aide.   C'est d'un réalisme effrayant, mais malgré tout, elle refuse d'y croire. 

La petite fille, non contente de ne pas être considérée, suit Luisa partout, et lui joue des tours, déplace des objets (les clés de maison dans le congélateur, le portable dans le panier à linge sale...). 
Si bien que très rapidement, cela devient insupportable, et Luisa pense être en train de perdre la raison. D'autant plus que personne ne la croit. Ses parents pensent qu'elle est simplement très fatiguée...

Mais un jour, un élève de son lycée lui demande tout naturellement pourquoi cette petite fille la suit partout. Alors comme ça, il la voit, lui aussi? Tout ceci n'est pas pour la rassurer, car le garçon est surnommé "Thomas le barjo" par tous les élèves. Il est traité pour des troubles de la personnalité, et parle souvent à des êtres qu'il semble être le seul à percevoir. Il se trouve en fait que ce garçon est médium, et que lui seul pourra aider Luisa à se débarrasser de la petite fille.


Habituellement, je ne suis pas super enthousiaste pour les histoires de fantômes. Mais ici, ça n'est pas le plus prégnant. C'est simplement un prétexte pour traiter de la frontière ténue entre folie et vérité, quand la folie de l'un n'est que la vérité de l'autre...
Jusqu'au bout, on ne sait que croire. Et même si le livre est un peu long à démarrer (beaucoup de redites dans les premières pages), je me suis laissée emporter par l'histoire sans pouvoir la lâcher avant la fin. C'est à y perdre son latin! Le tout - évidemment - saupoudré d'une puissante et belle histoire d'amour, seule vérité implacable dans toutes ces incertitudes.


A la folie, de Birgitte Lorentzen
Collection Millézime
Bayard, 2013

"La décision" - Isabelle Pandazopoulos, 2013

Un matin, Louise Beaulieu - brillante lycéenne de 18 ans - se précipite dans les toilettes du lycée. Du sang coule de sous la porte. Lorsque les pompiers interviennent, ils trouvent la jeune femme sans connaissance, un nourrisson sur le ventre. C'est l'incompréhension totale: Louise a fait un déni de grossesse, et accouché seule, dans les toilettes de son lycée.

En état de choc, elle est hospitalisée et prise en charge psychologiquement, mais elle continue d'affirmer avec ferveur qu'elle n'a jamais fait l'amour, et que tout ce qui arrive est absolument impossible. Evidemment, personne ne la croit, puisque pour faire un enfant, il faut être deux. Et pourtant...

Petit à petit, insidieusement, obstinément, le doute s'insinue. Louise, qui a perdu la mémoire, doit bien se rendre à l'évidence. Si elle a effectivement accouché de cet enfant, c'est qu'elle était enceinte, donc puisqu'elle n'a pas choisi de faire l'amour, c'est qu'elle a été violée. Et forcément par quelqu'un qui lui est proche. Un ami... 

La vérité s'impose, implacable.

Dans un cas comme le sien, la femme a deux mois pour choisir entre deux options: accepter l'enfant et l'assumer, ou bien le confier à l'adoption. Le premier réflexe de Louise est de s'éloigner à tout prix de cette progéniture qu'elle refuse. Puis, ne supportant plus le secret, elle quitte sa famille, et part s'installer avec l'enfant dans un centre d'accueil maternel, pour les mères adolescentes. Elle n'a pas encore pris sa décision, et met toutes les chances de son côté afin de n'avoir aucun regret. Mais elle a beau essayer, rien ne se passe. Pas de déclic. Elle ne sera pas la mère de cet enfant...


Après "On s'est juste embrassés", voici donc le deuxième roman d'Isabelle Pandazopoulos, qui a un talent incontestable pour l'écriture. J'ai été absolument bouleversée par ce livre; en fait à la fois bouleversée et fascinée par ma totale incompréhension de ce phénomène psychologique. Et à nouveau étonnée et terrifiée par la puissance de notre inconscient, par les barrières qu'il est capable de mettre pour nous empêcher de sombrer. 

Même si ce livre - très bien documenté au demeurant - n'apporte pas d'explication concrète (si ce n'est l'origine du trauma, un viol sous GHB), il a au moins le mérite d'alerter et d'informer. Car c'est un sujet absolument tabou, que l'on associe volontiers (merci les media...) aux mères infanticides qui congèlent leurs bébés, alors que c'est malheureusement bien plus complexe et répandu que cela.

Inutile de dire que dans la littérature, ça n'a pas dû être abordé souvent, et encore moins en littérature jeunesse. Malgré le thème vraiment dur, ça n'en est pas moins un gros coup de coeur. A conseiller à tout le monde à partir de 14-15 ans.


La décision, d'Isabelle Pandazopoulos
Collection Scripto
Gallimard, 2013

10 avr. 2013

"Sous haute dépendance" - Ursula Poznanski, 2013

Bon, en général quand on lit 100 pages d'un roman et que ça ne nous fait ni chaud ni froid, ça n'est pas très bon signe...

C'était pourtant prometteur: après ses copains, Nick découvre à son tour le jeu vidéo Erebos, obtenu sous le manteau, et complètement addictif car criant de réalisme et très bien conçu. Jusqu'au jour où un PNJ (Personnage Non Joueur du jeu) s'adresse à lui en l'appelant par son vrai prénom, et lui confie une mission IRL (dans le monde réel).


Je suis pourtant joueuse moi-même, et familière de l'univers décrit par l'auteur, mais j'ai trouvé que ce n'était pas très bien écrit, le suspense n'est pas génial (on est intrigué, mais pas au point de ne plus pouvoir lâcher le livre), et surtout, les phases de description du jeu - dans lesquelles on suit les aventures de l'avatar de Nick - sont beaucoup trop longues par rapport à l'intérêt qu'elles apportent à l'intrigue. 

Je n'ai pas l'habitude d'arrêter une lecture en cours de route; mais là, je me suis arrêtée au bout de 100 pages, car j'ai eu la sensation que l'auteure se trompait d'objectif et s'attardait sur des choses insignifiantes quand j'aurais voulu qu'elle aille à l'essentiel.

Je me suis ennuyée!


Sous haute dépendance, de Ursula Poznanski
Bayard, 20134

"Dany dit NON!" - Rachel Hausfater, 2013

Dany est un enfant vif, mais difficile. Il a l'esprit de contradiction, une allergie aiguë au collège, il fait tourner en bourrique élèves et professeurs en les envoyant promener avec des gros mots pas du tout élégants, "des mots en c, en p, en e, en m, en s, en f, dans l'ordre et dans le désordre". Il est agressif, n'aime pas les autres ni l'école, et ils le lui rendent bien.

Aussi, lorsqu'il est élu délégué de sa classe "à l'insu de son plein gré", il se retrouve au pied du mur et est sommé par son professeur principal de prendre ses responsabilités. Dany décide plutôt d'entrer en guerre et de leur en faire baver un peu plus.

Pendant les cours, il passe le temps en imaginant 1001 façons originales de mettre à mort ses professeurs, en leur infligeant à coup de mots et de dessins toutes sortes de tortures très inventives, et toujours en rapport avec leur discipline. C'est tellement plus facile quand on a une source intarissable d'inspiration! Mais l'amusement est de courte durée: pris sur le fait, il est convoqué en conseil de discipline. Il va alors prononcer un discours éloquent qui lui vaudra de ne pas être renvoyé définitivement du collège.

Son professeur principal, en lui accordant sa confiance, lui prouve qu'il vaut plus que ce dont il se convainc, et réussit à lui apporter LE déclic qui fait que Dany se décide à faire des efforts (enfin, modérément! Rome ne s'est pas construite en un jour...).


Voilà un chouette petit roman, dévoré en une heure, et qui donnerait de l'espoir même au pire des cancres! On comprend un peu mieux que le bien-être de l'enfant tient à peu de choses, et que l'ambiance familiale a d'importants retentissements sur le comportement à l'école.
On y apprend surtout le pouvoir des mots, comment ils peuvent détruire, mais aussi tout reconstruire.


Dany dit NON! de Rachel Hausfater
Nathan, 2013

"Le jour où j'ai perdu mes super pouvoirs" - Michaël Escoffier, 2013

Une toute petite fille est persuadée d'avoir un tas de super-pouvoirs, comme voler, traverser les murs, communiquer avec les animaux...
En vrai, elle a seulement beaucoup d'imagination (et une super cape!), fait beaucoup de bêtises, mais avec tellement de conviction qu'elle en est attachante.

Une chose la turlupine quand même un peu: elle se demande si ses parents se sont aperçus qu'elle a des super-pouvoirs, et s'ils en ont eux-aussi...

Finalement, après quelques chutes et des genoux qui piquent, elle s'aperçoit que sa Maman a au moins le super-pouvoir de faire des bisous magiques qui font disparaître les bobos.


A première vue, j'ai adoré la couverture et la trogne de la petite fille, mais je craignais que les illustrations soient un peu trop sombres et moches. Finalement, je ne suis quand même pas super fan de la couleur papier kraft, mais ici ça passe bien; ça donne un charme un peu désuet aux illustrations, que j'ai trouvées fortes et drôles (mention spéciale pour l'image de la petite qui prend son bain avec un tuba).
J'aime la finesse de l'humour de Michaël Escoffier, et je vous recommande chaudement ce livre (dès 5 ans) qui ravira petits et grands!


Le jour où j'ai perdu mes super-pouvoirs, Michaël Escoffier
Kaléidoscope, 2013

"Je m'ennuie" - Michael Ian Black, 2013

Une petite fille s'ennuie. Jusqu'au moment où elle croise une patate qui elle aussi s'ennuie sévère, car elle n'aime que les flamants roses (forcément, ça réduit les possibilités!).
Elle lui propose de jouer avec elle, mais la patate trouve tous les supers jeux de l'enfant plus ennuyeux les uns que les autres.

Finalement, à force de faire la démonstration de tout ce qu'elle sait faire, la petite fille ne s'ennuie plus. Exaspérée, elle relativise et se dit que finalement, être un enfant c'est vachement mieux que d'être une patate; on s'ennuie beaucoup moins!

Ce livre m'a rappelé ces longues journées où je chouinais à mes parents "Je m'ennuiiiiiiiie!!", où ils me répondaient, patients: "C'est bien, l'ennui est créatif" et où précisément à cet instant, je les détestais. Mais force est de constater qu'ils avaient raison!

C'est quand on s'ennuie que l'on se met à créer, à rêver, à se raconter des histoires, et qu'on joue le mieux, finalement. Et je trouve que cet album raconte très bien ça. On voit bien l'évolution entre la petite qui s'ennuie, et qui petit à petit oublie qu'elle s'ennuie parce que spontanément elle s'est mise à inventer des tas de trucs super chouettes!

J'ai trouvé ce livre rigolo, décalé (la tronche de la patate rabat-joie est extra!) et finalement assez efficace. Et j'adore la couverture! Ça aurait pu être moi ;-)


Je m'ennuie, de Michael Ian Black, ill. Debbie Ridpath Ohi
Seuil, 2013

"Le chat beauté" - Florence Hinckel, 2013

Pitre est un gros matou pépère, qui aime la bonne vie faite de sardines, de câlins, de siestes, et de tranquillité.

Malo, quant à lui, est un chat un peu "prout-prout" qui aime se montrer, se pavaner, et les compliments à tout bout de champ. Il a d'ailleurs déjà remporté plusieurs concours de beauté.

Leurs propriétaires respectifs se querellent, ou plus exactement... ils ne peuvent pas se sentir! Ils décident de régler leur différend par chats interposés, en les faisant participer à un concours de beauté félin. Car bien entendu, le meilleur (entendez "le plus beau") triomphera!

Oui mais... ça n'est pas si simple. Pitre a beau être une bonne patte, il ne va pas se laisser faire, même si on sent qu'il y met vraiment du sien pour faire plaisir à ses maîtres!

Au final et comme attendu, Malo gagne le concours du plus beau chat, mais un prix est décerné à Pitre pour son incroyable personnalité et sa "sensibilité exceptionnelle"...


Ah, j'ai bien ri en lisant ce petit roman aux illustrations exquises! C'est le chat qui raconte, alors imaginez la séance de "torture" chez le toiletteur, le flegme Garfieldesque quand les souris passent sous son nez et qu'il ne daigne pas tendre la patte... 
C'est drôle, fin, et la morale véhiculée par l'histoire est à mon sens essentielle: l'apparence compte, certes, mais ce qui attirera davantage la sympathie, c'est la personnalité et la sensibilité. C'est rafraîchissant, ça fait du bien, et c'est à ne rater sous aucun prétexte!


Le chat beauté, de Florence Hinckel, ill. Joëlle Passeron
Nathan, 2013

"Le quatrième petit cochon" - Agnès de Lestrade, 2013

Où l'on apprend que les trois petits cochons avaient un petit frère (au nom très original de Rikiki...)! Celui-ci, n'acceptant pas que les grands quittent la maison parentale sans lui, fait son baluchon et les suit à bonne distance.

Mais il est suffisamment proche pour voir le loup s'approcher et convoiter - comme vous savez - les maisons des trois aînés. Il va alors lui jouer un tour de cochon, et sauver ses frères!

Il a beau être petit, c'est lui le plus fort et le plus courageux! En prenant la responsabilité de protéger ses frères, il a grandi d'un coup, gagné le respect des plus âgés, respect qui lui permettra de prendre confiance en lui, d'aller au bout de ses ambitions, et de faire le métier dont il rêve: peindre.


Une mignonne première lecture pour les enfants qui commencent tout juste à lire seuls. 
Bon, ça ne casse pas des briques (ni de la paille, ni du bois), et les illustrations ne sont pas terribles, mais ça peut plaire aux petits.

Les mots difficiles sont surlignés et expliqués dans un court lexique en fin d'ouvrage. C'est un récit qu'on peut retrouver dans la revue "J'apprends à Lire".


Le quatrième petit cochon, d'Agnès de Lestrade, ill. Laure du Faÿ
Collection Benjamin
Milan Poche, 2013

"Ma grand-mère m'a mordu" - Audren, 2013

C'est un monde étrange que celui où ce sont les grands-mères qui crachent et qui mordent les enfants quand ces derniers refusent de les laisser regarder Des Chiffres et Des Lettres!

Et pourtant, c'est bien ce qui est arrivé à Marcus et Fleur, qui refusent de se laisser faire, et qui, en réaction, créent l'association des VMV (= Victimes des Mémés Violentes).

Le pire, c'est que personne ne les croit, et surtout pas leur parents qui ne peuvent imaginer leurs aïeux que comme de gentilles, innocentes et inoffensives personnes...

Le temps de la revanche a sonné !!

Voilà un concept de roman tout à fait original et jubilatoire, où les mémés se croient tout permis, sous prétexte qu'elles sont vieilles et qu'on leur donnerait le bon dieu sans confession. Mais elles sont fourbes... Elles savent pertinemment que les enfants ont une telle imagination, que s'il leur prend l'envie de rapporter un truc aussi énorme, personne ne les croira !

Moi je vous le dis... méfiez vous du vieux qui dort!

Audren signe ici un petit roman fort sympathique, à lire dès 8 ans, mais aussi par les plus grands!
Et pour une fois, une couverture Ecole des Loisirs qui est sympa (et très explicite!).


Ma grand-mère m'a mordu, Audren
Collection Neuf
Ecole des Loisirs, 2013

"Petit Minus" - Séverine Vidal, 2013

Une petite fille va avoir un petit frère; elle nous raconte cette grande aventure qui bouleverse sa vie et la fait grandir.

Elle raconte comment elle a appris la nouvelle, ainsi que l'attente - 9 mois, c'est long pour une petite fille! -, ses craintes, la préparation de la chambre, le choix du prénom. 

Son choix à elle se porte tout naturellement sur "Petit Minus".

Elle raconte également le moment où son Papa vient la chercher à l'école pour l'emmener à la maternité faire connaissance avec le bébé, et comment elle découvre ce petit-frère tout chaud et tout doux...

J'ai flashé sur les illustrations que je trouve très expressives et très tendres, mais aussi sur le fait que ce livre , conçu de façon fort intelligente, peut se lire de trois façons différentes, et raconter véritablement trois histoires:

- Soit on ne lit que les pages de gauche, et on a le récit au passé (comment elle a appris la nouvelle, l'attente, etc...)
- Soit on ne lit que les pages de droite, et on a l'instant présent (quand elle part à la maternité avec son Papa)
- Soit on lit le livre comme il vient, page de gauche puis de droite, et on a les deux récits savamment imbriqués, une histoire faite de présent et de souvenirs, récit de cette aventure qu'est devenir grande sœur,  depuis l'annonce de la grossesse jusqu'à la naissance.

Bref, si cette histoire plaît aux petits, au moins les parents ne s'ennuieront pas à la lire, puisque chaque soir, il peuvent raconter la même histoire... mais différemment!



Petit Minus, de Séverine Vidal, ill. Cécile Vangout
L'Elan Vert, 2013

"Concerto pour deux marmottes et plein d'enfants..." - Edouard Manceau, 2013

J'ai beau aimer beaucoup de le travail d'Edouard Manceau, j'avoue que je ne comprends pas ce qu'il lui a pris...

Le livre est construit en deux parties: une première avec des photos d'animaux empaillés accompagnées d'onomatopées sensées faire réagir les bébés, mais qui n'ont tellement rien à voir avec les images qu'on se demande pourquoi elles sont là; et aussi une phrase de texte absolument sans intérêt.

Et la deuxième partie du livre est...incompréhensible. En tout cas, incompréhensible pour moi, adulte; j'ai peut-être simplement 30 ans de trop, je ne sais pas... 

Et pour couronner le tout, la 4ème de couverture est extrêmement pompeuse et prétentieuse par rapport au contenu médiocre de cet album.
Je ne comprend même pas comment la ville de Grenoble a pu dépenser de l'argent pour offrir cet album (pardon, cette "oeuvre d'art", cf. la 4ème de couv.!) à tous les bébés.

Edouard Manceau, si vous me lisez, pardon, mais il va falloir faire mieux la prochaine fois!



Concerto pour deux marmottes et plein d'enfants..., de Edouard Manceau
Frimousse, 2013