La citation de la semaine

"Lire donne l'occasion très tôt d'aménager sa solitude intérieure. Elle devient alors source de plaisir, de bonheur, de richesse, au lieu d'être vécue comme un cachot, un malheur, une pénitence. Aucun autre instrument éducatif, télévision, conférences, jeux, ne saurait la remplacer, car il n'y a que la lecture où l'on soit seul. Un enfant sachant tirer parti de sa solitude s’accommodera de tout."

Madeleine Chapsal

4 nov. 2012

"BZRK" - Michael Grant, 2012

  Voici le premier Tome d'une trilogie de Michael Grant, auteur de la série à succès "Gone"... Attention, avec BZRK, on plonge dans la viande. Il n'y a qu'une seule issue possible: la mort ou la folie...

   Comme il est très difficile de vous résumer (simplement), ce qui se passe dans ces 400 pages, et que je ne maîtrise absolument pas l'univers SF et technologique, je vais pour une fois m'appuyer sur la présentation faite par l'éditeur et par l'auteur lui-même pour vous donner une idée de ce dont il s'agit.

Présentation:

   Dans un futur proche, une guerre fait rage entre deux factions. L'une désireuse de contrôler le monde, l'autre luttant pour préserver la liberté des hommes.

   La première, l'Armstrong Fancy Gifts Corporation, qui aurait pour but, par l'entremise des nanotechnologies, de réduire l'humanité à un déterminisme proche de celui de l'abeille ouvrière, ce qui, selon elle, ouvrirait la voie à la paix et à la fraternité universelles. L'AFGC s'apprête à créer des peuples uniformisés, lobotomisés, dénués de volonté et de libre-arbitre. un troupeau de moutons. Cette guerre a lieu dans le macro, mais aussi dans le nano... dans la viande... dans le tissu mou de l'encéphale, là où nanobots et biobots s'affrontent pour mailler le cerveau des gens.

   La seconde, BZRK, combat à l'inverse pour le maintien de la liberté individuelle. La bataille fait rage dans le macro et le nano, là où grouillent les acariens, où prospèrent les bactéries et où crépitent les étincelles de la conscience humaine en bondissant d'une synapse à une autre. 
   Les "soldats" de BZRK empruntent leurs noms à des fous, parce que la folie est leur destinée. Ils voyagent dans l'infiniment petit, au plus profond de la chair. Là. Dans la viande. Un à un, ils prennent part au combat. Dans le macro, dans le nano, ou dans les deux à la fois. Ils se battent pour la vie, pour la liberté, pour le droit inaliénable à sombrer dans la folie.


   Les nanobots sont de bêtes robots minuscules, créés pour le combat, rapides et terriblement efficaces.
   Les biobots, eux, sont créés à partir d'ADN humain, et sont ainsi dirigés mentalement, directement par l'être dont ils sont issus. Lorsque le biobot est blessé dans le nano, c'est l'humain dans le macro qui ressent la douleur. Les biobots sont plus lents, mais bien plus subtils que les nanobots. Ils sont capables de mailler un cerveau: créer de nouveaux liens entre les synapses, et ainsi associer entre eux des souvenirs, des sensations, des émotions.

   Une fois que l'on a compris cela,  on a compris que tout est possible. Quand quelqu'un s'introduit dans votre cerveau et entreprend de le mailler, il peut réécrire votre histoire, redéfinir de façon définitive la personne que vous étiez.

   Les soldats de l'AFGC et de BZRK sont des adolescents à peine pubères, évidemment gamers et petits génies de l'informatique, pour qui la manipulation robots à l'échelle nano n'est qu'un jeu vidéo de plus. Leurs actions dans le nano ont un véritable  impact dans le macro, mais tellement distancié qu'ils se rendent à peine compte qu'ils font la guerre...

   Ce livre nous amène à une profonde réflexion sur l'identité, le bien, le mal, sans pour autant être dichotomique. Peut-on interdire à quelqu'un de se mettre en colère? de faire ses propres choix? Peut-on forcer quelqu'un à tomber amoureux? 
   Est-ce vraiment faire le bien que d'être prêt à tuer ceux qui veulent éradiquer le mal sur Terre en uniformisant les cerveaux? Est-ce vraiment faire le mal que de souhaiter la paix sur Terre, quitte à supprimer le libre-arbitre pour y parvenir?
   N'est-ce pas tout simplement une nouvelle forme d'esclavage moderne? avec des marionnettes et des marionnettistes...

   On peut aussi se demander jusqu'où l'on est prêts à aller sous couvert de progrès scientifique. Sachant que les biobots se nourrissent de carbone, et que le carbone est présent partout... Sachant qu'un robot, par essence, peut imiter tout de l'humain, sauf son pouvoir de création...
   Que se passerait-il si un jour ces robots, issus d'ADN humain, étaient désormais capables de se reproduire, et échappaient au contrôle de l'homme? Leur croissance serait exponentielle, et en une semaine, ils auraient éradiqué toute forme de vie sur Terre, faisant de la Planète un désert.

   Peut-on vraiment tout contrôler? L'homme n'est-il pas trop prétentieux face à la force de la Nature?

   Beaucoup, beaucoup de questions soulevées, et même après avoir refermé le livre, ça continue de tourner, là-dedans, de titiller, d'exciter la curiosité... Ca va être dur de patienter jusqu'à l'automne 2013 pour pouvoir se plonger dans le Tome 2!

   En attendant, pour vous donner un peu plus envie (j'espère!), vous pouvez déjà visionner ce book-trailer:  Bande-annonce du livre BZRK

   Et pour vous renseigner sur les nanotechnologies:
- Documentaire "Nanotechnologies - partie 1" diffusé sur Arte.
- Documentaire "Nanotechnologies - partie 2" diffus" sur Arte.


   Ce n'est pas une simple histoire; c'est l'Histoire. 
   Ce n'est pas de la science-fiction. C'est en route. C'est maintenant.



BZRK, de Michael Grant
Gallimard, 2012

18 févr. 2012

"C'est l'histoire d'une histoire" - Edouard Manceau, 2011

"C'est l'histoire d'une histoire qui recommence tous les jours. Chaque matin c’est la même chose..." Le gardien de l’histoire commence sa journée en allant réveiller le grand méchant loup, qui lui va traquer un petit cochon, un lièvre, un écureuil, et un ours…
Mais aujourd’hui, il pleut, et le gardien est resté chez lui. Le loup n’a pas été réveillé. L’histoire commencera vraiment demain… s’il fait beau !

Construite à la façon d'une randonnée, cette histoire dépoussière les contes, et tient son originalité du fait qu'elle raconte l'histoire qui se déroulerait si elle avait vraiment commencé... On nous raconte l'histoire d'une absence d'histoire! Car il n'y a que deux scenarii possibles: soit il fait beau, le loup sort, et l'histoire se déroule normalement; soit il pleut, le gardien ne sort pas, et il n'y a pas d'histoire. J

Le tout est servi par de superbes illustrations qui viennent exciter notre imagination. Car ici, le travail sur l'image est remarquable. Les personnages ne sont jamais dessinés; ils n'existent que par le texte. Les illustrations sont des décors qui représentent le cadre dans lequel évolueraient les personnages si l'histoire se déroulait vraiment... Mais le texte leur donne tellement de consistance, que notre cerveau est victime de persistance rétinienne, et se souvient pourtant les avoir vus. Etonnant!

Ce livre, c'est le genre de livre qu'il faut absolument avoir chez soi, et à glisser entre les mains de tous, jeunes et vieux. Car il fait appel aux schémas habituels, tout en sortant du cadre attendu; il aborde la notion d'infini chère à Manceau, l'éternel recommencement (mais pas exactement), le libre arbitre... Chez moi, il fait appel à cette éternelle question: "Et si ma vie n'était pas ma vie, mais seulement le rêve de ma vie?", ou encore au ruban de Möbius qui, même adulte, continue de me fasciner.

Enfin voilà, ce livre c'est une expérience, et je vais arrêter de vous en parler, sinon je vais y passer la journée!