La citation de la semaine

"Lire donne l'occasion très tôt d'aménager sa solitude intérieure. Elle devient alors source de plaisir, de bonheur, de richesse, au lieu d'être vécue comme un cachot, un malheur, une pénitence. Aucun autre instrument éducatif, télévision, conférences, jeux, ne saurait la remplacer, car il n'y a que la lecture où l'on soit seul. Un enfant sachant tirer parti de sa solitude s’accommodera de tout."

Madeleine Chapsal

2 oct. 2008

"Pierre Ménard, auteur du Quichotte", dans "Fictions" - J. L. Borges, 1938


Il existe des types capables d'écrire d'excellentes critiques à propos de livres qui n'existent pas. Ca vous paraît fou? Eh bien, en quelque sorte, ça l'est. Si tant est que la folie soit une autre frontière de la raison, et qu'on puisse élaborer une pensée à partir de repères qui ne soient pas ceux des autres.

Jorge Luis Borges partage avec les écrivains sud-américains un univers bien particulier. Les "continentaux" espagnols appellent ce genre littéraire le réalisme magique - el realismo magico. Tout simplement parce que la réalité est envahie par le fantastique dans des histoires qui mettent en scène la folie, le paranormal ou encore le dédoublement du réel.

Les textes de J.L Borges se mesurent à l'hermétisme apparent de ses histoires. Avec Fictions il tente de tracer la perspective de l'infini. La plus reconnue de ses nouvelles est La bibliothèque de Babel - ( parce qu'elle y préfigure l'obsession de l'écrivain d'aboutir à la reconnaissance d'un monde de la fiction comme équivalent).

Bref, c'est avec la nouvelle de Pierre Ménard que s'exprime la pure ingéniosité de l'écrivain argentin : raconter la méprise concernant le véritable auteur du Don Quichotte. D'aucuns se diront : "Qu'est-ce que ce mec est en train de nous raconter?" - ceux-là peuvent arrêter maintenant de lire cet article ( et merci d'être passé par là!). Les autres comprendront qu'il s'agit ici d'un moment vertigineux. Pierre Ménard a tenté de traduire l'oeuvre de Cervantès, si fidèlement, inconditionnellement, absolument. Jusqu'à devenir le rédacteur initial du roman.

A cela s'ajoutent de nombreuses notes, commentaires, bibliographies afin de rendre compte de l'originalité et de l'existence de l'oeuvre de Pierre Ménard. Seulement si vous cherchez à retrouver leur traces dans les bibliothèques, vous serez rapidement vaincus: ces références n'existent pas, ni davantage notre Pierre Ménard.

Un livre déroutant.



Fictions, Jorge Luis Borges
Folio, 1938

Aucun commentaire: