La citation de la semaine

"Lire donne l'occasion très tôt d'aménager sa solitude intérieure. Elle devient alors source de plaisir, de bonheur, de richesse, au lieu d'être vécue comme un cachot, un malheur, une pénitence. Aucun autre instrument éducatif, télévision, conférences, jeux, ne saurait la remplacer, car il n'y a que la lecture où l'on soit seul. Un enfant sachant tirer parti de sa solitude s’accommodera de tout."

Madeleine Chapsal

27 sept. 2008

"La nuit de Valognes" - Eric-Emmanuel Schmitt, 2008


Tout le monde a lu, connaît, a entendu parler, admire secrètement ou méprise Dom Juan. L'homme aux mille et trois conquêtes, menteur éperdu, amoureux éternel, marieur tragique. Et lorsqu'il pourfend, avec Molière, la morale publique en ignorant le pouvoir du Commandeur, on croit qu'il meurt avec nos propres doutes.

Il n'en n'est rien. Eric-Emmanuel Schmitt le ressuscite, le temps d'une nuit. La nuit de Valognes. Dans un manoir, la Duchesse de Vaubricourt réunit quatre malheureuses conquêtes - dont notre séducteur avait par le passé ruiné les espoirs innocents (méchant Dom Juan!) - pour instruire son procès à huis clos. L'homme répond à l'invitation masquée et se présente devant toutes les femmes trahies et prêtes à régler leur compte au dom juan.

C'est hilarant. Chacune a ses raisons d'être présente, y compris celle de ne pas trop écorner celui dont elles seraient encore amoureuses. Les deux briscards (Sganarelle n'est pas absent du tribunal!) rejouent au chat et à la souris, Dom Juan minaude autant qu'il théorise sur le couple et la fidélité, et les femmes tentent de sauver la cause des femmes. Bref, on se prend au jeu du retournement de situation, et le comique l'emporte avec la réécriture d'un mythe que l'on croyait installé.

Décidément j'appartiens à tout le monde, sauf à moi , ironise Dom Juan.

Il s'en sortira le bougre, comme toujours; quoiqu'on se dit qu'une femme a peut-être plus d'influence qu'un Commandeur de la morale.



La nuit de Valognes, Eric-Emmanuel Schmitt
Le livre de Poche n°15396 - Série Théâtre n°1
LGF, 2008

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